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Changement de genre réussi, Olivier Duhamel

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On connaissait le politologue, l’ancien eurodéputé ou encore le vacancier sanaryen. “Colette et Jacques” font maintenant d’Olivier Duhamel un romancier. Un père, figure des trente glorieuses et une mère qui pesa lourd dans le monde de l’édition. Si Jacques s’est illustré en tant que résistant et homme politique, Colette n’est pas restée dans l’ombre. Deux parents piliers du passé culturel du pays. Leur histoire ne pouvait rester plus longtemps ignorée du grand public. S’il assure avoir découvert “le plaisir de la fiction”, on retrouve aussi dans ce livre l’analyse du politologue.

La découverte de la fiction
Il ne savait que très peu de choses du passé de résistant de son père. Ses débuts à 17 ans, son emprisonnement à Fresnes ou encore ses réunions à Montmartre chez Madame Pierson. A ces faits véridiques, se mêle la plume d’Olivier Duhamel. « J’ai découvert le plaisir de la fonction », se satisfait le politologue. Pour lui, hors de question de transformer ce livre en biographie. Colette et Jacques avaient des fils. Dans ce livre, Marie remplace Olivier. Un subterfuge pour prendre du recul sur le récit : « Me faire disparaître totalement du roman n’aurait pas été le bon choix car je tenais à raconter certaines choses sur la relation avec mon père. » Alors, Olivier devient Marie, le temps d’un roman. « C’est moi sans être moi », s’amuse l’auteur.

Des parents « poids lourds » de la culture.
Casser les codes. C’est ce qui a valu à Jacques Duhamel de marquer en tant que ministre. Après avoir été au cabinet d’Edgar Faure, député du Jura et ministre de l’agriculture, c’est à la culture que Jacques Duhamel fera un passage remarqué. Nommer des gens de gauche à la tête de grands théâtres, de quoi faire hurler une partie de la droite à l’époque. “ Mon père a été très ouvert et a fait confiance à des gens sans s’intéresser à leur étiquette politique”, justifie l’auteur. Jacques Duhamel fut aussi un acteur majeur dans la décentralisation culturelle. Pendant ce temps-là, Colette n’est pas restée dans l’ombre. Amoureuse des livres, elle a dirigé les éditions de la Table ronde à 28 ans à peine. Ensuite, direction les éditions Gallimard en tant que lectrice de littérature anglo-saxone. “Ma mère faisait découvrir les auteurs américains en France”, précise-t-il.

L’œil du politologue.
Si le romancier s’épand, le politologue reprend vite le dessus. Au-delà des postes de son père et de sa proximité avec Edgard Faure, il revient sur la quatrième république : “Elle a une image abîmée car on ne retient que l’instabilité politique alors qu’il y a eu beaucoup de choses très importantes”, regrette-t-il. Parmi les réussites, la reconstruction de la France ou encore “l’invention de l’impôt le plus moderne : la TVA”.

Sanary : Un lieu d’attaches
Entre Sanary et Olivier Duhamel, ça ne date pas d’hier. “Mon grand-père avait un mas qu’il a finalement donné à ma mère. Mes parents, à chaque fois qu’ils le pouvaient, achetaient des terrains à côté pour agrandir. Ce n’était pas cher à l’époque”, précise l’auteur. Aujourd’hui, le coin est très prisé. Mais le Sanary connu dans toute la France ne restera à jamais pour Olivier que la madeleine de Proust d’une enfance heureuse. Un lieu de villégiature où la famille a reçu des hommes politiques. Nombre de ses proches y ont élu domicile. “Tous les miens sont même enterrés ici”, explique-t-il ému, dans ma médiathèque de la ville qui porte le nom de son père.

Laura Berlioz