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Curro Savoy, le roi des siffleurs

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l est des choses à la fois mythiques et mystérieuses qui restent dans l’inconscient collectif.
Tel est le cas du fameux sifflet qu’emploi Ennio Morricone dans les musiques qu’il a composées pour les fameux westerns-spaghetti de Sergio Leone : “Le bon, la brute et le truand”, “Pour une poignée de dollars”, “Il était une fois dans l’Ouest”…
Derrière ce sifflet se cache un artiste espagnol mondialement connu, nommé Curro Savoy.
Mais vous l’avez aussi entendu doubler Vanessa Paradis, lorsque, pour la pub Chanel, elle siffle dans une cage ou encore dans des pubs comme Citroën, Renault Laguna…
A son actif 43 albums, des centaines de concerts, un nombre incalculable de tours du monde. Aujourd’hui, à 66 ans, tout en continuant de se produire, Curro vit entre Palma de Majorque, Paris et Le Cap d’Agde.
Rencontrer ce petit bonhomme souriant, affable, amical, est un moment de pur bonheur, tant il est simple et sa vie est une aventure incroyable. Avec son bel accent espagnol, l’amigo nous raconte quelques pans de sa vie avec beaucoup d’émotion.
“Fils d’émigrés de Cordoue en Andalousie, je suis né à Madrid. Mon père est mort d’un cancer et ma mère a du mal à nous faire vivre. Elle travaille dur. Je décide alors de l’aider mais si jeune, que faire ? Footballeur ? Torero ?…
Un jour j’entends Joselito, le gamin prodige surnommé “l’enfant à la voix d’or”. Je me dis que s’il peut faire ce métier si jeune, je peux le faire aussi ! Aujourd’hui ça me fait rigoler car il est devenu mon ami et nous avons fait des concerts ensemble.

Curro Savoy

Tu as donc chanté avant de siffler ?
Oui, j’ai fait des radio-crochets, je suis passé sur Radio Madrid, je chantais des chansons d’Elvis Presley. C’est par hasard que je me suis mis à siffler et ça a attiré l’attention de gens et surtout de ma maman qui hellait tout le quartier pour m’entendre. A tel point que j’ai commencé à me produire dans de petites salles, puis à la radio, la télé espagnole. Je gagnais tous les concours et un producteur est venu me proposer de faire des voix pour des films et la télé.
J’ai aussi appris à jouer de la guitare.

Tu avais quel âge ?
J’ai commencé vers 6, 7 ans. Je me suis un jour rendu compte que le producteur m’exploitait. J’enregistrais quatre, cinq films par mois. Je travaillais beaucoup et je gagnais 750 pesetas, ce que trouvais énorme… mais chaque fois que je gagnais cette somme, lui touchait… 18 000 pesetas ! J’ai aussitôt arrêté avec lui.

Et qu’as-tu fait ?
C’est alors mon cousin qui s’est occupé de moi. Il me faisait passer en première partie d’artistes, m’a fait faire un disque à Barcelone qui a pas mal marché. J’avais alors 16, 17 ans et je rêvais de passer à l’Olympia.

Et alors ?
Nous sommes partis pour Paris dans sa vieille voiture, avec presque rien, nous sommes allés à l’Olympia… J’étais sûr qu’on allait me prendre.

Et tu y es entré ?
(Rires). Oui… Et j’en suis ressorti ! Car on ne me voulait pas ! Nous sommes rentrés en Espagne avec 12 pesetas, j’ai regardé mon cousin puis l’entrée de l’Olympia et je lui ai dit : “Un jour, j’y passerai en vedette !”. J’y suis passé plusieurs fois dont deux avec Francis Lalanne et son frère Jean-Felix.
Mais entre temps, je me suis marié avec la première torero qui a osé toréer… et qui, pour cela, a fait de la prison. ça ne rigolait pas alors. J’avais 18 ans, j’étais fou amoureux… je le suis toujours… (Il me montre une photo d’elle), regarde comme elle est belle !

Tu t’es alors installé en France ?
Oui, d’abord parce que j’y travaillais et puis j’avais deux enfants malades qu’il a fallu soigner à Paris. J’ai fait beaucoup de télés avec Dechavanne, Evelyne Délhiat, Gérard Holtz, Yves Mourousi, Guillaume Durand, Pascal Sevran, Michel Drucker…
Puis j’ai travaillé pour le cinéma avec Thierry Lhermitte, Charlotte de Turkheim, Gérard Depardieu…

Et les westerns-spaghetti ?
Je suis allé en Italie et je me suis rendu compte que mon producteur avait “oublié” de me dire qu’il m’avait fait chanter sur des musiques de Morricone… Je ne suis même pas cité au générique, c’est pour ça qu’on  a mis longtemps à me reconnaître. Aujourd’hui, grâce à ces enregistrements, je suis connu internationalement. J’ai aussi enregistré “Le clan des Siciliens”, “Le professionnel”, “Sacco et Vanzetti”…”

Beaucoup de gens l’ont découvert lorsqu’il est venu siffler à l’émission “Incroyable talent”.
Mais il est connu dans le monde entier et continue à y chanter, jouer de la guitare et siffler, connu aussi sous le nom de Kurt Savoy… pour faire plus international.
Il vient de sortir un nouvel album “Pour rêver” avec des musiques de Christophe Domenge et de lui-même (digiprod – argi music – www.kurtsavoy.es).

Et croyez-moi, ce petit bonhomme au sourire si gentil a le don de nous faire rêver !

Jacques Brachet
Photos Monique Brachet