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Sixties women, Sheila, Michèle Torr et Françoise Hardy

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Elles ont aujourd’hui 50 ans de carrière… Ou cinq fois dix ans, comme aime à dire Sheila !
Elles ont démarré adolescentes dans les mythiques années 60, on les croyait vouées à quelques années de vedettariat…
Cinquante ans après elles sont là et bien là, faisant la nique à toutes ces jeunes chanteuses qui se prennent pour des stars et ne tiennent pas la route plus de cinq ans, qui ont souvent la tête comme des melons et dont l’entourage est infect.
Elles, contre vents et marées, contre critiques et moqueries, contres télés et radios qui les invitent au compte gouttes pour chanter le même sempiternel succès, faisant fi de leurs nouveaux albums, elles suivent leur route suivies d’une multitude de fans qui leur sont restés fidèles parce que ce sont des artistes vraies, talentueuses, près de leur public.

Sheila
Sheila fut la plus touchée par une certaine presse.
Aujourd’hui elle fête ses 5 fois 10 ans de carrière et la voici sereine, venant de triompher à l’Olympia, sortant un nouveau disque dont le titre est significatif : “Solide” ! Et elle dût l’être pour endurer des tas d’événements difficiles à vivre. Elle est aujourd’hui rayonnante et son fan N°1 vient de lui offrir une bio digne d’une carrière incroyable : “Sheila, star française” signée Frédéric Quinonéro (Ed Didier Carpentier). C’est un très bel album qui résume cinquante années intenses durant lesquelles notre petite Française de Français moyens nommée Annie Chancel a traversé succès et galères et qui, telle le Phénix, renaît toujours de ses cendres. Que dire de cet album sinon que dix chansons, c’est peu.
Mais toutes sont à retenir car les mélodies sont belles, les textes souvent émouvants et nostalgiques et lui collant, par la force des choses, à la peau puisque c’est l’homme de sa vie qui est à l’instigation de ce disque et des chansons dont il en a écrit une bonne partie en compagnie de quelques complices comme Patrick Lemaître, Gilles Morgan, Jacques Veneruso, Florian Gazan et quelques autres.
Dix chansons seulement, mais toutes belles et de qualité et en plus la voix est inchangée, on la reconnaît entre mille et la petite Sheila est devenue une grande qui, 50 ans après, est toujours très présente dans le coeur des Français. Et elle chante encore et grâce à ce bel album elle a une magnifique arrière-saison.

Michèle
Michelle (ou Michèle ?) Torr, elle, est toujours restée fidèle à sa Provence dont elle a l’accent, le regard couleur du Sud et l’une des plus belles voix françaises. L’ami Jean-Claude Brialy m’a dit d’elle un jour : “Elle est la voix de l’amour”. Un amour passion pour la chanson, une tendresse indéfectible pour son public qui le lui rend bien et qui est la seule a pouvoir chanter Piaf comme elle le fait… et le faisait déjà à 15 ans en chantant “Je ne regrette rien”, ce qui était peut-être un peu précoce ! “Chanter c’est prier” (Sony) est le titre de ce nouvel album empreint de spiritualité et sa voix ample, forte, profonde, intacte fait merveille sur “l’Ave Maria” d’Aznavour, “Il faudra leur dire” de Cabrel, qu’elle reprend avec sa petite fille Nina, “Coupo Santo” cet hymne qu’elle chante en provençal ou encore le “Notre Père” qu’elle chante avec en fond la voix de Claude Barzotti qui prie en Italien sur une musique de Barbelivien. Ce dernier lui ayant également offert la splendide “Je crois en toi”. Deux belles versions également : “Amazing Grâce” et “La mémoire d’Abraham” de Goldman. Qu’attendent Cabrel et Goldman pour lui ciseler quelques chansons ? En tout cas, ce disque est l’un des plus beaux que Michèle nous ait offert.
17 février : En concert à la salle Acropolis, à Nice.

Françoise
Un album de Françoise Hardy est toujours un événement attendu… et jamais déçu tant elle a toujours des textes ciselés, des mélodies qui la portent et qui nous portent avec cette voix qu’elle a toujours protégée en la contenant, en nous murmurant de belles ballades.
“L’amour fou” (Virgin-EMI) est encore un petit bijou de confidences feutrées même s’il est quelque peu désenchanté car pour elle, l’amour fou est presque l’amour à mort sinon l’amour désespéré. Très belle orchestration où domine un piano qui donne à ses mélodies un côté intemporel, classique mais dans le vrai sens du mot classique. Mais c’est pour cela que Françoise traverse les époques car elle n’a jamais été à la mode, même si quelquefois elle a été la mode.
On entre donc de plain-pied dans son monde d’amour fait d’attente, de désespoir, de craintes, de manque et de besoin. Mais Musset n’a-t-il pas écrit “Les chants désespérés sont les chants les plus beaux ?”. C’est une phrase que Françoise Hardy a toujours pris à son compte et ses mots tristes et nostalgiques trouvent écho aux musiques d’Alain Lanty, Calogéro, François Maurin et quelques autres. A noter cette sublime chanson de Julien Doré “Normandia” qui habille merveilleusement la voix de la chanteuse.
Un très beau disque d’amour… que vous aimerez follement.
Et la voici qui se lance dans un roman paru chez Albin Michel “L’amour fou”. Et on se prend à se demander si c’est vraiment un roman tellement ça colle à sa vie, celle qu’on peut connaître, celle qu’elle a écrite il y a peu. Quant à la sérénité, là, on la cherche car la femme qu’elle décrit n’est pas simple et on ne peut pas dire que l’amour l’épanouisse. Mais certaines personnes trouvent leur bonheur dans le tourment. Ça se rapproche un peu du masochisme ! Par contre, son écriture est belle, le mot est recherché, la phrase pensée et grâce à cela, on arrive au bout de cette histoire d’amour aussi folle que mortelle !

Jacques Brachet