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Un ado en pleine maturité, Michel Boujenah

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Michel Boujenah - Limpact

Personnage attachant autant qu’insaisissable, il est comme tous ces grands dans leur domaine, à votre écoute. Il vous scrute, cherche à vous connaître mais ne vous laisse pas rentrer chez lui tout de suite. C’est un aimant du verbe aimer un vrai, un homme du sud dans toute sa splendeur, sa sensibilité, sa colère, sa connaissance du respect. Mais avant tout et pour tout, il aime conter et raconter et vous pourriez rester des heures à l’écouter. Avec cet humour qui le distingue des autres, il vous emporte et vous transporte là où vous ne pensiez jamais aller. 40 ans de métier et toujours adolescent. Que du bonheur.

Vous êtes né en 1952, en Tunisie. Comment se sont passées vos premières années dans ce beau pays ?
C’est un pays magnifique, même si les choses sont compliquées aujourd’hui et si on ne construit pas une vraie démocratie en 5 minutes. Il faut du temps. Pour moi c’était un vrai bonheur, quand j’étais gosse je vivais au bord de la mer. Vous voyez, comme les maisons qu’il y a ici sur la mer. Quand on est à terre et qu’on regarde vers les îles, dans le port à droite il y a des maisons qui sont sur l’eau, il n’y a même pas de rue entre la maison et l’eau. Je vivais comme ça, je pêchais de chez moi. Les copains de mes parents marchaient dans l’eau, ils montaient à la maison, ils déjeunaient et ils repartaient. C’était le paradis. Des copains de mes parents avaient un voilier, quand ils passaient et qu’ils me voyaient agiter les bras, ils se mettaient en panne et je plongeais pour monter sur le voilier afin d’y passer la journée. On n’était pas riche mais ma vie était géniale.

C’est uniquement quand on n’est pas riche qu’on est vraiment heureux ?
Je pense qu’on est heureux quand on est avec les gens qu’on aime et qui nous aiment, peu importe l’endroit. C’est la première chose. Et à partir du moment où l’on a de quoi manger. En plus quand on est au bord de la mer et dans un joli cadre. Donc c’est sûr quand vous quittez ça et que vous arrivez dans la banlieue parisienne, vous prenez une grosse claque. Si vous prenez quelqu’un d’ici et que vous le mettez à Ivry-sur-Seine, il peut se suicider.

C’est à l’adolescence que vous vous découvrez un peu ?
Ado, j’ai eu beaucoup de chance grâce à mon père qui était médecin et surtout médecin des pauvres puisqu’on n’a jamais eu un sou. Et donc, je devais être orienté en tourneur fraiseur et il a raconté ça à une de ses patientes qui connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un dans une très bonne école à Paris, l’école Alsacienne. Grâce à ça j’ai passé un examen pour y rentrer et j’ai été admis.

Michel Boujenah - Limpact

Ça a changé votre vie ?
Je me suis retrouvé, à ma grande surprise puisque je suis quelqu’un qui n’était pas très bon à l’école sauf en maths, d’ailleurs, j’avais honte d’écrire, j’avais honte de parler avec mon accent, tout le monde se moquait de moi tout le temps, à raconter un livre à la classe et pas un livre drôle et tout le monde est venu me voir après en me disant : “c’est génial quand tu racontes”. C’était la première fois de ma vie que j’avais l’impression que tout ça avait un sens. Mais je ne m’en rendais pas compte, je ne savais pas que j’allais faire ce métier, je voulais faire médecine. Après mon bac, je suis allé en fac de médecine où je suis resté 2 ans, parce que très très vite je me suis dit que je n’allais pas rester dix ans là-dedans, ce n’est pas mon truc même si j’ai toujours voulu être médecin. La question pour moi n’était pas la médecine, mais ce métier qui est fait pour toi.

Vous vous êtes un peu découvert ?
J’ai découvert que j’existais en racontant et que j’avais cette formidable capacité à raconter des histoires drôles ou pas. On m’a alors proposé de faire du théâtre à ce moment-là, on m’a proposé ci, on m’a proposé ça, résultat les choses ont commencé ainsi avec le plaisir de jouer. C’est comme une maladie, il fallait que je fasse ça sinon j’allais mourir. Je pense que j’aurais raté ma vie si je n’avais pas fait ça. Je ne peux pas dire que j’ai forcément réussi ma vie, parce que c’est un métier tellement dangereux affectivement, physiquement, mentalement, qu’on n’a pas toujours des vies comme les autres.

Pour vos spectacles, vous vous êtes créé une vie imaginaire ?
Pour moi, on est beaucoup mieux quand on est dans la fiction. Le César de Pagnol, pour prendre une référence d’ici, il n’existe pas en tant que tel. Pagnol l’a inventé, parce qu’il ne ressemblait pas à César et pourtant ce César est fabriqué de son éducation, de sa culture, de sa langue, des gens qu’il a vraisemblablement croisés. Il a donné des lettres de noblesse au peuple de la Provence pour moi. Je pense que si Pagnol avait raconté sa vie au premier degré, je suis presque persuadé que ça n’aurait pas eu l’impact que ça a eu dans l’histoire, dans l’histoire des hommes, l’histoire de la région, dans l’histoire de tout le monde, parce que les récits de Pagnol sont universels.

Pourquoi universels ?
Parce qu’ils ne sont pas folkloriques. Il parle avec sa langue et c’est grâce à elle qu’il peut trouver les mots justes pour exprimer ses émotions. Mais ce qui est en jeu, ce sont ses émotions. Grâce à Pagnol, à Albert Cohen… à des gens comme ça, à Mistral, parce que j’ai beaucoup été influencé par les gens qui, justement, étaient de la Méditerranée et qui avaient une différence par rapport à ceux qu’on considérait comme dominants, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas d’accent, mais ça n’existe pas, pas d’accent. Il y a l’accent pointu, l’accent marseillais…. Donc je me suis dit que ce que le public aime, c’est un artiste sincère, généreux et exigeant, donc j’ai parlé avec ma grammaire. Comme si c’était une langue étrangère.

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L’accent, c’est important, il y a une culture qui va avec ?
Regardez pour Dany Boon, si vous lui enlevez ça, vous lui enlevez son cœur, il devient une machine. Le jour où j’ai accepté d’assumer mon accent, d’assumer mon histoire, j’allais beaucoup mieux. Ensuite, disons que ma pudeur naturelle, mon éducation, mon roman familial, ne ressemblent pas du tout aux personnages qui sont dans mes spectacles, aux personnages au premier degré. Par contre, tout ce que ressentent mes personnages, je le ressens même si ce n’est pas ma vie au premier degré parce qu’on s’en fout. Quand je parle de la mort, je parle de la mort.

En écriture, il n’y a pas d’accent.
Exactement. Par exemple, je viens d’écrire, une phrase que j’adore et qui me fait rire. “Vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses nichons” (rires). Je pense beaucoup aux nichons, tout le temps, depuis mon adolescence, c’est ma passion. Ça c’est une chose, revenons à nos moutons. Quand je travaille et quand j’écris, j’ai besoin de ma langue. Les personnages que j’invente, je peux me cacher derrière comme un marionnettiste. Et derrière eux, je peux dire des tas de choses. Quand j’étais petit, il y avait un film qui m’avait beaucoup marqué avec Mel Ferrer et Audrey Hepburn, il est amoureux d’elle mais il n’arrive pas à le lui dire. Il y parvient finalement à travers sa marionnette.

C’est vers 30 ans que tout s’ouvre à vous. La réussite, les spectacles, le cinéma…
C’était le bordel parce qu’au music-hall, ça commençait à bien marcher, mais j’ai 33 ans quand je fais “3 hommes et un couffin”, c’est comme si on m’avait mis de la nitroglycérine dans mon Solex, vous voyez. Parce que ça a pris des proportions inimaginables. Après, il a fallu gérer tout ça et ce n’était pas simple. Il y a eu une période, où je reconnais sincèrement avoir pété les plombs. Je me la suis jouée comme certains footballeurs quand ils réussissent. Mais au bout d’un an et demi de connerie, ça m’a passé, je suis retourné au travail. A tel point que j’ai toujours privilégié la scène plutôt que le cinéma presque. Le théâtre et la scène, c’est ma protection.

Pourtant c’est vers la quarantaine que la réalisation au cinéma devient une évidence pour vous ?
Non, pas forcément parce que la réalisation au cinéma ça arrive quand j’ai 50 ans. Ça arrive presque par hasard. Ce sont deux copains avec qui je passe du temps et ça me fait du bien parce que je me sentais seul et pas bien, je n’étais pas forme. J’avais 42 ou 43 ans. On commence à aller à Saint Paul, à rire, à déconner, et un jour il y en a un qui m’envoie une histoire qui me bouleverse. A partir de là, ils me disent qu’on va écrire un film avec ça et je leur dis qu’on ne va jamais réussir. Puis on s’est mis à travailler, on a mis six ans et demi pour l’écrire. Sur six ans et demi, on a dû travailler trois mois. Le reste du temps on rigolait, on sortait, mais souvent on se disait : “faut profiter parce qu’on est en train de manger notre pain blanc”.

Le pain blanc, ça remet les pieds sur terre.
C’est vrai, c’est une des périodes des plus géniales de ma vie parce qu’on riait tout le temps, on écrivait lentement, on était des vrais méditerranéens. A l’époque j’avais un petit bateau à moteur et quand on était là-bas dès qu’il faisait beau, je leur disais : “on va travailler sur le bateau ?” Alors on allait au port, on prenait le bateau, on sortait en mer et évidemment on ne travaillait pas, on allait déjeuner dans un petit resto. Une fois, on est rentré tellement bourré que je n’arrivais pas à ranger le bateau dans le port. Qu’est-ce qu’on avait ri, c’était bien.

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Le Festival de Ramatuelle, en revanche, c’est du travail.
Oui mais c’est aussi un grand bonheur parce que c’est un vrai endroit de liberté Ramatuelle mais où on ne dit pas n’importe quoi. C’est un endroit de liberté de qualité. C’est à la fois populaire et en même temps c’est relativement exigeant, on ne fait pas n’importe quoi à Ramatuelle. Et ça, moi, je suis très très fier d’avoir permis au festival de continuer après la mort de Brialy. C’est ma douzième année. Il y a un journaliste qui m’a dit il n’y a pas très longtemps : “vous ne vous rendez pas compte du personnage que vous représentez après tant d’années de travail” et c’est vrai que je ne m’en rends pas compte. J’ai l’impression d’avoir 14 ans, de démarrer et que tout le monde fait mieux que moi. C’est très étrange.

Vous écrivez, vous produisez, comédien, acteur, réalisateur, que reste-t-il de tout ça ?
Glandeur, siesteur, pêcheur… Qu’est-ce qu’il reste à faire ? A essayer de faire la plus belle chose, faire le plus beau spectacle ou le plus beau film que je n’ai pas encore fait. J’ai l’impression de ne pas avoir fini et j’ai très peur de ne pas avoir le temps de ne pas finir.

J’ai l’impression que vous êtes venu à l’humour parce que vous êtes un vrai conteur. Et que pour être écouté, vous y avez rajouté une touche d’humour.
C’est involontaire, c’est ma manière à moi de me protéger. Mais il est vrai que je suis d’abord un conteur. J’adore faire rire et moi le premier, je ris. Tout le monde se moque de moi parce que les gens pensent que je fais exprès, mais non. Quand je me fais rire, quand je trouve quelque chose qui fait rire, je peux le redire 250 fois ça me fait rire à chaque fois. Et si ça me fait rire à chaque fois, c’est que c’est bon. Je suis sincère, dans le rire.

Ma vie rêvée, ma Méditerranée

Votre vie encore plus rêvée, c’est un conte de fée ?
Non, ce n’est pas un conte de fée, c’est un conte sur le monde d’aujourd’hui. C’est un conte qui parle de l’enfance, qui parle de politique, de démocratie, du combat des femmes… Et en même temps, c’est la volonté absolue qu’il faut rêver. C’est avec nos rêves qu’on abat des montagnes. C’est avec nos rêves qu’on gagne des batailles. C’est parce que l’autre a rêvé de gagner Rolland Garros qu’il peut le gagner. Les rêves, c’est ce qui nous fait avancer, c’est ce qui nous fait progresser. Vous voyez, je rêvais de pêcher un thon de 50 kg, en Méditerranée. Je parle de quand je vais avec mes copains en bateau, qu’on cherche les poissons, qu’on met nos cannes, c’est ça la pêche. Et bien à force, même si j’ai mis dix ans, j’ai réussi. J’en ai pêché un de 50 kg. Ce qui est le plus drôle, c’est que je suis parrain d’un magazine de pêche en étant le plus mauvais pêcheur du monde. (rire)

Michel Boujenah - Limpact

C’est quoi la vie, pour vous ?
Mes enfants, mes amis, mes emmerdes. Ma famille, mon métier. Ça, c’est ma vie. Ma famille, mes amis parce qu’on n’en a pas beaucoup, ma Méditerranée parce que sans elle, je ne peux pas vivre. Si vous saviez comme aujourd’hui j’ai pris un plaisir fou à aller manger au bord de la mer parce qu’il faisait beau. Si vous saviez le bien que cela m’a fait en deux heures. Je suis sorti de là, j’étais content. J’ai dit au restaurateur : “écoutez, on va faire un truc, on n’est pas pressé. Alors si le poisson je vous le commande et que vous ne me l’amenez pas dans une demi heure ce n’est pas grave, prenez votre temps parce que je pense que je vais passer ma nuit ici”, tellement j’étais content. J’ai besoin de ça, ma vie, c’est ça. Ma vie, c’est vrai que c’est le travail parce que j’aime travailler, mais ce sont aussi les moments que j’ai passé dans ma vie, en bateau, avec mes enfants, en pleine mer, j’ai besoin de ma Méditerranée.

Et pourtant, elle a droit à un drôle de traitement ?
Elle est terrible, elle est folle, elle est violente, elle est super maltraitée. Vous vous rendez compte que dans le port de Marseille, on trouve des voitures, des autobus… C’est con parce qu’en même temps, je suis profondément persuadés que nous tous, les Méditerranéens, on l’aime cette mer. On l’aime cette Méditerranée, depuis toujours. Alors pourquoi on ne la protège pas ? Qu’est-ce qu’elle nous a fait pour qu’on la traite comme ça ? Par exemple, un type que vous n’aimez pas, vous avez envie de lui casser la tête, mais la Méditerranée elle ne vous a rien fait, elle ne vous a pas touché, elle ne vous a pas frappé. Elle vous a nourri, elle vous a fait rêver et elle vous fait du bien depuis toujours.

Je crois que l’on ne prend jamais conscience du bien mais on soulève toujours le mal.
Oui, et on oublie le bien que la Méditerranée nous fait, jusqu’au jour où l’on va se réveiller et il sera trop tard. Alors, vous qui jetez des sacs en plastique en mer, ne le faites plus. Quand vous avez envie de jeter une voiture ou un vélo, trouvez un autre endroit et ne touchez pas à la Méditerranée, bande d’abrutis. Des fois, j’ai envie de les frapper, je vous jure. C’est un acte gratuit et c’est un truc que je ne comprends pas.

Un message ?
Nous tous qui vivons dans le sud de la France, notre premier devoir, au-delà de l’O.M., au-delà de la belote, au-delà de tout, il faut protéger notre mère nourricière qu’est la Méditerranée, parce que si on continue comme ça, les enfants de nos enfants ne pourront plus pêcher. Les Marseillais aiment leur ville, nous tous aimons la Méditerranée, dès qu’on est loin on dit ça nous manque et on dit chez nous c’est le plus beau pays du monde. C’est comme si je parlais de mon fils en disant c’est le plus beau du monde, je l’aime et qu’en rentrant je le frappe. C’est pareil.

Questions à 2 balles

La femme idéale existe-t-elle ?
Bonne question. Pour que la femme idéale existe, il faudrait qu’il existe des hommes idéaux et là, on a du boulot.

Avez-vous un moment secret, à vous ?
Oui, bien sûr. Mais je ne vous le dirai pas, même pas en rêve.

Que détestez-vous le plus ?
Je déteste l’administration, je déteste les gens qui font du mal, je déteste l’injustice. La bêtise aussi. Il y a un truc qui me met très en colère et qui est très anecdotique, mais je suis sûr que les gens vont comprendre : on est au feu rouge, ça passe à peine au vert et vous avez un connard derrière qui se met à klaxonner. Un jour, vous savez ce que je vais faire, dans une petite rue, le feu passe au vert, je coupe le moteur, je ferme ma voiture à clé et je m’en vais. Il pourra klaxonner toute sa vie, moi je ne bougerai pas. J’ai envie de le faire.

Justement, que pensez-vous de Liberté – Egalité – Fraternité ?
Je pense que c’est magnifique et très fragile. On en a la preuve aujourd’hui. On vit encore dans une immense démocratie, bien qu’on soit dans la merde, mais on est gâté en même temps, je le dis dans mon spectacle, parce que c’est rare les démocraties. Il y en a 30/35 pas plus. On est gâté dans la merde, c’est peut-être ça la démocratie.

Vous êtes plutôt sexe, drogue et rock’n’roll ou plutôt sentiments, sucreries et canapé ?
Je suis sexe, sentiments et canapé. Même sexe sur le canapé, sous le canapé, à côté du canapé… mais avec des sentiments. Le sexe, c’est important mais s’il n’y a pas d’amour cela devient mécanique et moi ça ne m’intéresse pas.

Le truc le plus fou que vous avez réalisé ?
Je pense que c’est le jour où j’ai dit à mon père et à ma mère que j’allais faire ce métier. Je prenais un engagement pour toute ma vie qui allait m’emmener je ne savais pas où. J’étais vraiment fou.

Vous êtes un nostalgique ?
Oui mais je ne suis pas passéiste. Je pense qu’on ne peut pas savoir où l’on va, si on ne sait pas d’où on vient. Ça aussi je le dis dans mon spectacle. Il faut surtout respecter les bases et les fondations, c’est très important.

Croyez-vous au père Noël ?
Oui. Pour moi, le père Noël c’est la chance. Et la chance ça arrive toujours, il suffit d’être au bon endroit au bon moment. Vous savez, la chance c’est comme l’autobus. Il y a des gens qui disent je n’ai jamais eu de chance, c’est vrai il y en a et j’ai beaucoup de tendresse pour eux. Mais il y a aussi plein de gens qui disent je n’ai pas eu de chance et c’est comme l’autobus, ils l’attendent là où il n’y a pas d’arrêt ce qui fait que l’autobus passe et ne s’arrête pas puisqu’il n’y a pas d’arrêt. Il faut donc trouver l’endroit où l’on aura, un jour, c’est la première condition.

La totalité des êtres humains la main dans la main un jour ?
Un beau jour, on va découvrir des extra-terrestres et vous verrez on aura la main dans la main.

Vous y croyez aux extra-terrestres ?
Non mais ça m’a m’amuserait de faire croire qu’il y en a, car ce jour-là on sera tous terriens. Ou alors il faudrait qu’on soit tous cons, parce que la connerie n’a pas de frontière.

Vous croyez au mariage ?
Je m’en fous, l’important c’est l’amour.

La fidélité ?
La fidélité oui, mais je crois plus au respect de l’autre qu’à la fidélité. Parce que si je regarde l’histoire des hommes et des femmes, que ce soit autour de moi ou dans le passé, dans l’histoire, les cocus ce n’est pas une invention contemporaine, ni chez les femmes, ni chez les hommes. Il y a le sexe en amour et le sexe pour le sexe, et ça, j’ai du mal.

Vous croyez toujours en l’Homme ?
Oui. Indiscutablement. Avec tous ses défauts, mais il est capable aussi du merveilleux l’Homme, il est capable de construire ce que l’on a construit. C’est pas mal quand même. On ne fait pas que de la merde, on fait des choses belles aussi, regardez Marseille ils ont gagné la Coupe d’Europe.

Capitaux ? Oui ! Mais bon…

Si on fait le tour des 7 péchés capitaux, l’envie c’est quoi pour vous ?
L’envie, c’est le talent. On a du talent parce qu’on a envie, mais ce n’est pas de moi, c’est Jacques Brel qui disait : “le talent, c’est l’envie”. Quand vous avez envie de quelque chose vraiment très très fort, vous allez le faire. Ça vous donne du talent, avoir l’envie.

La paresse ?
Le kiff. Celui qui touche à ma sieste, je le bute. En général, j’ai toujours un flingue à côté de moi quand je fais la sieste pour buter le type qui pourrait me déranger.

La gourmandise ?
Le kiff aussi, mais il faut faire attention.

L’orgueil ?
C’est con, mais parfois ça sert. C’est une question de dignité.

L’avarice ?
Je ne sais pas ce que c’est. J’aimerai bien.

La colère ?
La colère, je sais ce que c’est. Quand je vois ce qu’il s’est passé aux César cette année je suis en colère parce que c’est n’importe quoi, qu’on va dans tous les sens, on mélange tout. Donc ça suffit ces conneries. Retrouvons un peu de dignité et d’orgueil justement. Je suis en colère quand je vois que l’assassin de Sarah Halimi, on ne le juge pas parce qu’il a fumé des pétards. Vous savez quoi ? Je vais fumer 250 pétards, je vais écraser 15 types que je n’aime pas et après je vais dire j’étais défoncé excusez-moi on ne peut pas me juger. L’injustice me met en colère, les pédophiles me mettent en colère, les violeurs me mettent en colère. Les cons me dépriment.

La luxure ?
La luxure, c’est une chose dont on dit que ce n’est pas bien mais qu’on adore faire. C’est pour ça que c’est bien d’ailleurs.

Votre péché mignon ?
Les spaghettis flambées au Cognac. L’amour l’après-midi quand tout le monde travaille et que j’arrive à voler une après-midi et que je suis bien. La sieste et l’amour l’après-midi, ça c’est un truc que j’aime particulièrement.

RENDEZ-VOUS
Quel a été votre plus beau rendez-vous ?
C’est intéressant comme question. Avec la mère de mes enfants, le jour où, sur l’île Saint-Louis, elle a mis la main sur mon visage en me disant : “il y a tellement de lumière en vous que vous n’avez pas le droit d’être malheureux“.

Quel est le rendez-vous que vous avez manqué ?
Plein, mais on ne peut pas vivre avec des regrets, ce n’est pas bon. Il y a des films que j’aurais aimé faire et que je n’ai pas faits. Peut-être que j’aurais dû commencer à faire du cinéma plus tôt. Ce sont des rendez-vous avec moi que j’ai loupé, par peur, par fainéantise, par manque d’exigence, par laissez-aller.

Quel est votre rendez-vous rêvé ?
Ce sont les rendez-vous avec les histoires que je suis capable d’inventer. Mon rendez-vous rêvé, c’est quand je suis assis à ma table de travail ou allongé dans mon lit et que je me dis : “oui, ça c’est beau, ça je vais le faire”. Mon rendez-vous le plus important, c’est mon rendez-vous avec le public que bizarrement, je n’ai pas toujours eu l’impression d’avoir eu. J’espère avoir le temps de le vivre, ce rendez-vous, avant la fin des haricots. Parce que je suis plus près de la fin que du début, c’est mécanique et je l’accepte.

Un dernier mot ?
Que tous, même si on n’est pas d’accord les uns avec les autres, on protège notre Méditerranée. Je fais des cauchemars avec ça. Le rendez-vous rêvé c’est le rendez-vous avec tous les Méditerranéens autour de moi ; et le premier qui jette un sac en plastique ou n’importe quoi dans notre Méditerranée, on l’attrape et on lui met une bonne claque en lui disant : “va chez ta mère”.

Propos recueillis par Manouk B
Photos de Renaud Corlouer

SB Pro La Ciotat - Limpact