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À livre ouvert, Joël Dicker

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Ses débuts. Sa carrière. Ses habitudes d’écrivain. Joël Dicker a raconté son parcours à ses lecteurs toulonnais, comme un livre ouvert. L’auteur est venu à leur rencontre à l’Opéra. Un entretien animé par Antoine Boussin. L’occasion aussi de revenir sur son dernier roman “La disparition de Stéphanie Mailer”.

L’élève de Bernard De Fallois
Si derrière chaque grand homme se cache une femme, derrière ce grand écrivain se cache un éditeur. Bernard De Fallois. Celui qui l’a poussé à sortir son plus gros succès, “La Vérité sur l’affaire Harry Quebert”, est décédé cet hiver à l’âge de 91 ans. Joël Dicker l’a rencontré pour publier son premier roman, “Les derniers jours de nos pères”. 300 exemplaires vendus seulement. “J’avais déjà écrit le suivant mais autant vous dire qu’après ça, je n’avais aucune envie de le publier”, assure le Suisse de 33 ans. Son éditeur a insisté pour le lire : “Il  m’a assuré que cela allait être un véritable succès”. Le nonagénaire a décroché son téléphone et persuadé des milliers de libraires de le lire et de le sortir. Première étape. “Il a obtenu sa place en rayons le même jour que le nouveau JK Rowling. Face à un tel nom, on ne croyait pas du tout à un évènement”. Le dernier roman de la créatrice d’Harry Potter a été acheminé le jour de sa sortie, sous scellé. Au moment de l’achat, les lecteurs demandaient conseil aux libraires. Beaucoup ont répondu : “Celui-là, je ne l’ai pas encore lu. En revanche, essayez le nouveau livre de Dicker”. “Un coup de maître de Bernard”, avoue l’écrivain. Ensuite, s’est posée la question de l’adaptation télévisuelle. Plus de 80 propositions. Bernard De Fallois a encore pris les choses en main. Il a refusé plein de grands noms du cinéma : “Je lui disais : “Bernard vous êtes fou”, il me répondait qu’il voulait quelqu’un s’intéressant vraiment à notre histoire et pas seulement au succès du livre”. Son choix s’est finalement porté sur Jean-Jacques Annaud. En bas de la quatrième de couverture de “La disparition de Stéphanie Mailer”, apparaît une photo de Joël et Bernard. Hommage de l’auteur à son mentor.

Le style Dicker
Certains comparent ses romans aux feuilletons de Balzac. Le lecteur a envie d’aller plus loin, après chaque petit chapitre. Pour Joël Dicker, les séries télé n’ont rien inventé. “Ce plaisir de se laisser emporter par l’histoire, nous l’avions déjà avec la littérature”, affirme-t-il. Sa plume ne provient pas que de son imagination. Selon lui, un écrivain doit obéir a des règles : “Je me débrouille pour que mon accroche vous dise “écoutez-moi” et pour que la dernière page du chapitre vous murmure “ce n’est pas fini”.

Joel Dicker et les USA
Baltimore, les Hamptons ou encore le New Hampshire. Autant de lieux où se déroulent ses intrigues. Toutes se trouvent aux Etats-Unis : “Je suis allé très souvent dans cette partie du monde. Je dois placer mes histoires là-bas car c’est un lieu d’évasion pour moi”. S’affranchir de la réalité. C’est pour cette raison qu’il écrit sur l’Amérique du Nord et non sur son propre pays : “Je ne pourrais pas inventer une intrigue à Genève. Il m’est impossible d’imaginer un crime qui a eu lieu dans une laverie entre telle et telle rue car je sais très bien qu’a cet endroit il n’y a pas une laverie mais une boucherie”. Une réalité “mortelle” pour la fiction.

Ses personnages
Ne vous attendez pas à découvrir un “roux au pull rayé” ou encore une « une petite blonde menue » dans ses romans. Joël Dicker reste vague sur les personnages : “La lecture fait appel à l’imagination. Si j‘écris trop, je vous dépossède de cette part de magie”. Une méthode gagnante pour celui dont le roman à succès sera adapté en série par TF1. Il s’est rendu sur le tournage. Selon lui, peu de chance d’être déçu. Son écriture pauvre en description y est pour beaucoup.  S’il ne s’attarde pas sur le physique, c’est surtout pour se concentrer sur la psychologie. “Un personnage de roman, c’est comme un être humain. On le connaît réellement une fois qu’on a découvert sa part d’ombre”, précise-t-il. “Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment quelqu’un comme vous et moi en vient à commettre un crime ou, dans une moindre mesure, peut aller à l’encontre de ses principes”, conclut l’auteur.

Propos recueillis par Laura Berlioz

Crédit photo : ©Francis Petit – Bestimage N°00366811_000059