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Chronique de la 100ème, Laurent Dutruch

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Laurent Dutruch

Dit comme ça, une centième, pouf, c’est rien. On pourrait même se dire qu’ils en rajoutent à Limpact, qu’ils se la jouent, les gars, à vouloir fêter ça en grandes pompes, en feux d’artifice. Et pourquoi pas façon châtelain en dîner à Versailles comme l’ami Carlos ? Attention, ça peut mener à quelques complications, ce genre de festivités. Sauf que Limpact est un magazine mensuel. Et tenir 100 mois d’affilés (presque 10 ans) dans le monde de la presse gratuite, c’est un exploit.

Ça en fait des milliers d’heures à chercher des sujets pertinents, à définir des unes accrocheuses, à fumer des clopes, à rédiger des chroniques “formidables“, à boire des tonneaux de whisky, et le plus duraille, à courir les annonceurs, les seuls qui en fin de compte mettront des épinards dans notre beurre. La cinglante réalité du métier : le pognon.

Bravo !
Mais la joie, je vais vous la calmer, car hormis certains bons moments, cette décennie qui nous tourne le dos, moi je la juge plutôt foireuse et je vais vous le prouver avec un petit bilan du désespoir, mes chers lectrices-zé-lecteurs, vous refaire le tableau de ce qu’il s’est passé entre 2010 et 2020.
Vous avez peut-être oublié ? Vous n’allez pas être déçus, militants du bonheur et éternels optimistes ; sortez vos mouchoirs. Bon, dans cet exercice non exhaustif, je devrais me restreindre à un événement d’actualité et à un personnel par année. D’abord, j’évacue d’entrée les choses qui fâchent. En dix ans, j’ai pris un coup de vieux, normal. Pas forcement d’un point de vue physique car la nature dans ce domaine a été plutôt charitable avec moi, je reste grand, blond, avec une chaussure noire, monté gentes larges, du muscle à revendre et une intelligence à faire pâlir tous ces geeks boutonneux de la Similiconne Valley. Non, mon déclin se focaliserait avant tout sur ma mentalité. Plus je vieillis, plus je perçois le monde à la hauteur du bilan qui va suivre…

… Désespérant !
Rien que de voir dans quel vide sidéral, numérique et culturel mes gosses naviguent, je déprime. Je ne lutte plus ou alors un sursaut d’honneur par-ci par-là où je les somme de lire un livre, de regarder un film mais sans grand succès. Limite que je serai un vieux con. Mais revenons au bilan de cette pathétique décennie du tout Internet, du tout le temps connecté. Allez c’est parti, en voiture Simone comme disent les jeunes :

2010 : Inondations meurtrières dans le Var, marée noire dans le Golfe du Mexique, Fukushima… Je faisais quoi moi en 2010 ? Ah oui je divorçais. De quoi démarrer la décennie sous les meilleurs auspices.

2011 : La crise des subprimes arrive en Europe pleine poire. Moi, comme un crétin, j’y crois pas. Je pense ardu que ça ne touchera que les banques. En novembre, lancement réussi du magazine Limpact.

2012 : L’année de merde. Hollande gagne l’élection présidentielle. Pour moi, c’est la faillite. Ne passez pas par la case départ. Celle-là, je m’en souviendrai. J’ai 40 ans. Quand je vous dis que c’était une année de merde, je fais presque une litote.

2013-2014 : Entre autres la guerre en Syrie, l’affaire Cahuzac, drame et crise des réfugiés. Moi, je rejoins Limpact pour écrire des chroniques, ce qui changera ma vie.

2015 : Les attentats de Charlie Hebdo en janvier, l’Hyper Casher, ceux en novembre de Paris et du Bataclan. Désormais, je ne rirai plus jamais comme avant.

2016 : Le massacre continue avec l’attentat de Nice. Je n’ai plus envie de rire du tout.

2017 : Bonne nouvelle : Hollande ne se représentera pas. Johnny s’en va. Macron, élu plus jeune président de l’histoire. Mais surtout plus jeune que moi, ça m’en fout un coup dans les jarrets. J’arrête mes chroniques à Limpact (sans aucun rapport avec l’arrivée de Macron).

2018 : La France se fracture, djihadisme, enclaves communautaires et s’enflamme avec les gilets jaunes. Je klaxonne aux ronds-points sans savoir vraiment pourquoi mais bon, ça me fait plaisir de le faire. Et encore des attentats, à Trèbes, à Strasbourg. Suis-je blasé ? Sûrement. Même le titre de champion du monde de football ne me renverse pas de joie.

2019 : J’en ai marre de klaxonner aux ronds-points. J’en ai marre de ces débats stériles, des commentaires des spécialistes qui n’en sont pas, du réchauffement climatique, des injonctions médiatiques, des réseaux sociaux pleins de rien. C’est décidé, tant pis, je me désociabilise. Je coupe les infos à la télé, me déconnecte de Facebook, d’Instagram. Comme le dit Sylvain Tesson : “Eteignez tout et le monde s’allume“. Je me remets à lire, à écouter de la musique (de la bonne) et je finis d’écrire un livre. Je redeviens normal, du moins, j’ai la faiblesse de le croire.

Voilà, vous pouvez ranger vos mouchoirs. J’aurais voulu conclure par un “c’était mieux avant” mais vu ce que je viens de lister, je me décréditerais. Et puis, l’avenir nous réserve toujours de belles choses. En tous cas, je vous le souhaite.

Bye !

Jacq Orchidées Ollioules - Limpact