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Patrick Fiori, les racines c’est ce qu’il y a de plus important !

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Bizarrement, depuis des années et de loin en loin, nous nous sommes croisés sans nous connaître car notre première rencontre remonte à ses débuts et c’est mon ami Franck Fernandel qui me l’avait présenté. Je devais le retrouver en première partie d’une autre amie, Michelle Torr… Que des artistes bien provençaux avec qui la fidélité est de rigueur.

Sans parler de cette belle soirée mar-seillaise concoctée par Michel Drucker, où ce dernier m’avait invité pour l’émis-sion “Tenue de soirée”, où tous les 24 copains se retrouvaient : Michelle, Hé-lène Ségara, Bosso, Foucault… et Patrick. Je lui rappelai donc tout cela :

“Oh, mon Dieu – s’écrie-t-il – mais vous étiez donc là dès mes débuts… Alors ça va, on peut y aller avec confiance ! Tout ça, ce sont de beaux souvenirs. Franck a été plus que mon parrain, c’est grâce à lui que tout a commencé puisqu’il m’a présenté à un grand monsieur, René Baldaccini,qui montait alors une comédie musicale “La légende des santonniers”. Franck m’a présenté à lui pour jouer le fils du rémouleur.J’avais 12 ans.

Quant à Michelle, c’était l’époque où il y avait encore une première partie dans les spectacles et elle m’a pris avec elle. Comme l’ont fait d’ailleurs aussi Gilbert Montagné, Fabienne Thibeault… Je leur dois beaucoup, tous ces gens.

Oh, une anecdote en passant : je me suis retrouvé, je ne sais par quel miracle, en première partie de Barry White… C’était géant !

Et entre temps ?

Entre temps, je partais avec mon frère qui jouait de la guitare et l’on écumait les campings, pour chanter mais tout autant pour draguer les gonzesses !

Mais à l’époque, on prenait tout ce qui passait : baptêmes, mariages, soirées diverses, radio-crochets, etc. On s’adap-tait à toutes les situations.

Avez-vous connu des galères ?

Bien sûr, comme tout le monde mais passer devant un large public qui ne venait pas pour moi mais qui m’écoutait et ne partait pas, c’était déjà énorme pour moi et bon signe !

Malgré ça j’en ai eu et j’aurais peut-être pu les éviter mais j’étais très jeune et je n’avais pas envie qu’on me protège. J’avais cette envie de chanter dans ma tête, dans mon cœur.Ce qui a été le plus galère, ça a été de “monter” à Paris. Pour un gars du Sud de 17 ans, monter dans “le Nord”, c’est difficile. Mais j’ai heureu-sement très vite trouvé des alter ego… Je n’étais pas seul.

Votre frère vous suit-il toujours ?

(Rires)… Oh que non ! Il trouvait ça tropcompliqué, il pensait que ce n’était pas un métier sérieux. Il s’est trompé mais il a fait sa vie, il est heureux et ne reprend sa guitare que pour la gratouiller lorsqu’on est en famille.

Autre étape : l’Eurovision.

Ah oui… c’était un temps où la France avait encore la cote. Je suis arrivé 4ème ! Aujourd’hui ce n’est plus pareil…

Pourquoi ?

Mais parce que la France est boudée des autres pays et ça ne vient ni de la chan-son ni de l’interprète. .. Anggun a été sublime et ne méritait pas d’être traitée si mal. Mais aujourd’hui, on ne juge plus une chanson mais un pays et la France, avec tous ses problèmes, n’a plus la cote et donc, n’a plus la faveur des jurés, quelle que soit la chanson.

Comment le jeune chanteur que vous étiez, vit-il un tel moment ?

Avec une trouille bleue, d’autant qu’un pays concurrent, pour me faire monter la pression, est venu me dire, juste avant que je monte sur scène, que j’allais chanter devant 250 millions de téléspec-tateurs ! Là, j’ai eu la peur de ma vie, j’ai cru que j’allais mourir sur place ! Pour moi c’était d’autant plus important que, chantant en Corse, je représentais à la fois cette langue de mes origines et la langue française.

Justement, parlons de ces origines, qui sont aussi l’Arménie… Où vous situez-vous ?

Partout ! Et je me considère comme l’homme le plus riche du monde. J’ai trois origines dont je suis très fier.Je suis bien dans mes pompes. J’ai ainsi plusieurs fa-milles et je me sens bien avec les trois !

Justement, avez-vouspensé faire un jour un disque en Corse ou en Arménien ?

Oui, pourquoi pas un jour faire comme Nolwenn Leroy avec “Bretonne”. Je trouve que ce qu’elle a fait est magni-fique. Je chante depuis longtemps – de-puis toujours devrais-je dire – dans ces deux langues. Donc un jour viendra sûrement où je le ferai car les racines, c’est ce qu’il y a de plus important.

Et si nous parlions d’une autre aventure : “Notre-Dame de Paris” !

Oh mon Dieu !

Comment êtes-vous entré dans cette aventure ?

C’est Eddy Marnay, qui s’occupait alors de Céline Dion et Barbra Streisand entre autre, qui m’a convoqué. Ce jour-là, pour la petite histoire, j’avais 42° de fièvre et encore une belle trouille. Mais j’y suis allé, j’ai chanté, il m’a écouté surpris et m’a dit qu’à part Céline et quelques autres, il y avait peu de chan-teurs qui avaient une telle voix. Quelques heures plus tard,toujours avec la fièvre et la trouille redoublée, je chantais devant Luc Plamondon et Ri-chard Cocciante “Belle et déchirée”. Quinze jours plus tard ils m’appelaient pour me dire que je serais Phébus ! Un détail encore : c’est à partir de là que j’ai décidé d’habiter Paris car j’allais y jouer quatre ans ! Quatre ans de colonie de vacances, de souvenirs magnifiques avec, à la clef, 19 millions de disques vendus !

Alors, ces retrouvailles ?

Ça a été un moment magique. On avait tant de souvenirs en commun ! Et puis, de voir le succès qu’on a pu avoir entre l’Ukraine, St Petersbourg et Bercy, ça a fait chaud au cœur.Il y avait de grands écrans sur lesquels on pouvait se regarder chanter les uns les autres et à chaque fois on pleurait. Qu’est-ce qu’on a pu pleurer sur cette tournée ! C’était bouleversant, mons-trueux. Je crois qu’on a tous ce vécu dans le sang et qu’on le gardera à tout jamais.

 

D’une aventure à l’autre vous voilà sur scène pour jouer,face à Galabru, “La femme du boulanger” !

Oh mo….pardon ! Là encore, c’était vraiment inattendu et énorme. Le théâtre, ce n’est pas ma culture mais, comme tout le monde, j’adore Galabru et aussi Caubère, qui est de chez moi ! J’ai tout de suite dit oui et j’ai aussitôt pensé que je m’étais mis dans la m…e ! D’autant que c’était pour la télévision,en direct et qu’il n’y aurait pas de rattrapage possible si je me plantais. Je n’ai pas dormi de trois semaines, j’avais collé des anti-sèches partout dans la maison, la cuisine, le salon, les toilettes et même dans la chambre de mon fils ! Mais lorsque Galabru et Caubère sont venus me féliciter, j’avoue que j’étais le plus heureux.

Et pour le connaître, je sais que jouer devant Galabru, ça n’est pas des plus faciles !

Non car d’abord, il est impressionnant, c’est un immense comédien qui connaît son rôle par cœur mais qui en fait ce qu’il veut. Par contre, comme je suis aussi obser-vateur que lui, j’ai très vite compris com-ment il fonctionnait. Je savais que s’il me demandait un sandwich,il fallait qu’il y ait du beurre dedans !

Passons aux duos, vous en avez fait beaucoup et pas avec n’importe qui : Goldman, Hallyday, Zucchero…

Là, c’est pareil que pour Galabru. Je ressens les gens et si je les aime, je les comprends et je sais à qui faire confiance. Ils ont les mêmes façons que moi de voir les choses. Et ça se passe toujours à merveille.

Est-ce vous qui allez vers eux ou le contraire ?

Ça dépend. Pour Goldman, je le lui ai demandé et dans la seconde il a dit oui. Zucchero, c’est lui qui est venu me chercher. Quant à Johnny, alors qu’il m’avait invité sur son bateau, je le lui ai demandé et il m’a aussi dit oui très vite. Et puis, je viens d’enregistrer “My way” avec Chico.Il ne trouvait personne, il m’a demandé si je voulais le faire et évidem-ment, j’ai tout de suite accepté. Chaque fois je me régale car je ne le fais jamais par intérêt ou stratégie.

Vous êtes un homme de passion !

C’est vrai. Mais tout vient de mon héritage, de l’éducation que j’ai eue : être poli, respectueux, faire les choses avec le cœur, avec l’envie, sans penser à ce que ça va rapporter…

Revenons à Marseille où vous avez des milliers de souvenirs. S’il ne devait qu’y en avoir qu’un, lequel serait-il ?

Oh, il est tout simple, tout bête : c’est le jour où mes parents m’ont donné l’au-torisation de sortir tout seul, comme un grand. Je suis descendu sur le port, je me suis assis à une terrasse près de la mairie et je me suis dit : “Je suis enfin libre de vivre ma vie, de faire ce que j’aime, chanter”. J’ai eu un sourire de confiance en regardant la Bonne Mère qui était en face, alors que je ne suis pas spécialement croyant et j’ai encore devant les yeux cette image de carte postale. Je me suis encore dit : “Je vais y arriver”. Et j’y suis arrivé. Marseille est une grande et belle ville, les Marseillais ont toujours été là pour moi comme moi je serai toujours là pour eux.

Je suis toujours très heureux d’y revenir et d’y retrouver “mes tribus” !

 

Propos recueillis par Jacques Brachet.