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Maurane nous fait une fleur

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C’est la chanteuse belge la plus française, la plus talentueuse, la plus sympathique…
Retrouver Maurane est toujours un plaisir, surtout qu’entre elle et moi il y a souvent eu des bulles… de champagne !
Elle avoue en toute franchise qu’elle adore cette boisson et c’est vrai qu’à chacune de nos rencontres il y a toujours eu quelques coupes par-ci, par-là… Et aussi beaucoup de rires car Maurane ne se « la pète pas » comme certaines de ses consœurs et j’ai de beaux souvenirs de nos rencontres, à St Tropez avec Catherine Lara où l’on s’est marré car « Lala » n’est pas une triste non plus. Et cette soirée de la Fête de la
Musique à Marseille mais version belge avec elle, Marka et Philippe Lafontaine… Que de beaux moments !
“Fais-moi une fleur” est le titre de son dernier album.  Auparavant elle avait rendu un vibrant hommage à Nougaro avec un disque de platine à la clef et une superbe tournée. On y revient.

Maurane, parle-nous de cette première rencontre avec Nougaro ?
Comme je l’explique dans mon spectacle, ma première rencontre a eu lieu alors que j’avais 14 ans. Pour moi, c’était l’artiste idéal, il possédait tous les ingrédients qui me fascinaient. Tout était là, chez lui et je tenais à cette rencontre comme à la prunelle de mes yeux.
Je l’ai vraiment poursuivi sans me demander si c’était bien, si c’était mal. Je m’en foutais et lorsque j’y pense je me dis que j’étais gonflée de le poursuivre ainsi… Aujourd’hui, je ne sais pas si j’oserais !
D’autant que Claude m’a jetée plusieurs fois. Il faut avouer qu’il n’était pas très chaleureux, pas très avenant… Il était plutôt froid et ne favorisait pas les rencontres. C’était un homme assez renfermé, renfrogné, lunatique, timide aussi… Mais bon, c’était comme ça !

La différence entre le Nord et le Sud mais en sens contraire !
Exactement. Lui le Méridional, il était froid… Moi la Belge, j’étais plutôt chaude… Et ça a fait des étincelles !
Heureusement que ça s’est arrangé avec les années et qu’une vraie amitié nous a liés très vite. Nous étions très proches et lorsque j’allais à Paris, je dormais chez lui. Il avait des problèmes avec sa copine du moment et quelquefois, l’un ou l’autre, nous éclations… Nous avions chacun notre tour des sautes d’humeur… il y avait une folle ambiance dans la baraque !
Mais je garde des souvenirs mémorables de soirées avec Patrick Sébastien, Pierre Richard… A 18 ans, je vivais une aventure palpitante.

Avec tout ça, vous n’avez jamais eu de projets, jamais travaillé ensemble ?
Non, ça ne s’est pas fait… Je me dis que ça ne devait pas se faire. Il y a eu quelquefois des débuts de textes qu’il me faisait écouter en vue d’une chanson. Mais ça n’a jamais abouti. Ce n’est que lors de son tout dernier album qu’il m’a proposé de chanter en duo avec lui « L’espérance en l’homme ». J’étais bouleversée, j’adorais la chanson… mais j’étais tellement saisie que je n’ai pas pu m’exprimer. Alors, il a cru que je n’aimais pas la chanson… et il l’a enregistrée sans moi !

ça a dû être un sacré coup pour toi ?
Oui… c’est un ratage total et je m’en veux de n’avoir pu m’extérioriser pour lui dire le bonheur que j’avais, de lui dire à quel point j’aimais cette chanson. Ça me fiche encore les boules aujourd’hui, je n’accepte toujours pas d’avoir raté cette rencontre musicale. Bien sûr, je chante cette chanson mais je suis en manque de Claude et j’aurai toujours ce manque. C’est un abominable ratage et mon plus grand regret…”

Après ce “Nougaro ou l’espérance de l’homme”, tu nous offres “Fais-moi une fleur”.
A vrai dire,  je l’ai enregistré un an avant le Nougaro, en juillet 2009.
Ce ne sont que des chansons bien française écrites en collaboration avec Brigitte Fontaine, Art Mengo, Julien Clerc, Jean-Claude Vannier, Juliette, François Maurel, Marie Nimier… Bizarrement, ce disque s’est fait en six jours à New-York, dans les conditions du direct, comme au bon vieux temps, avec un arrangeur magnifique, un ingénieur du son énorme… Que des pointures ! Ça s’est fait dans une ambiance sereine, relax, constructive. C’est un disque très français avec une “New-York touch”  qui lui donne un côté original et très particulier car il est la fois jazzy et bluesy, il est porteur de sensibilité, de sentiments, d’émotions… Du moins je le crois et je l’espère.  Avec “Face B” je fais un clin d’œil à Salvador avec qui, comme avec Nougaro, j’aurais tant aimé chanter…”
Avec cet opus, Maurane nous fait encore… une belle fleur.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier