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“Noire” n’est pas son métier – Magaajyia Silberfeld

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Magaajyia-Silberfeld-livre_noire n'est pas mon metier_ Limpact
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“Tu es trop noire pour une métisse”, “Vous parlez africain ?”, “Pour une noire vous êtes vraiment très intelligente”… Toutes ces phrases, l’une d’entre elles les a déjà entendues. Elles sont seize. Comédiennes noires ou métisses, elles se confient dans ce recueil. Projet pour lequel elles ont monté les marches, ensemble, lors du dernier festival de Cannes. Magaajyia Silberfeld  y a participé. Clichés, plaisanteries douteuses, et sous-entendus racistes, elle dénonce tout.

 

Pourquoi avez-vous participé à ce projet ?

J’ai rencontré Aïssa Maïga il y a un an à un festival au Burkina Faso. C’est elle qui est à l’origine du bouquin. On est devenues amies, on se voit donc souvent. Un jour, elle m’a parlé de son projet. J’y ai vu l’opportunité de pouvoir parler sur un sujet que je trouve important.

 

Quel constat dresse le livre ?

Chaque fille raconte son histoire. On y retrouve les réflexions racistes que l’on peut recevoir. On se rend compte aussi que, malheureusement, les rôles proposés aux blanches et aux noires ne sont pas les mêmes. Certaines ont beaucoup de propositions pour des rôles de femme de ménage par exemple.

Personnellement comment jugez-vous la situation ?

Dès fois, je suis dépitée. Cela fait pas mal d’années que je fais des auditions et je constate encore des choses folles. Trois amies (blanches) m’ont récemment parlé de castings en se demandant pourquoi je ne le passais pas. Je me suis tournée vers mon agent qui m’a confirmé avoir donné mon dossier depuis au moins un mois. Il y a donc de très fortes chance pour que ma couleur de peau ne convienne pas au rôle. Dans mon chapitre, je relate quelques réflexions racistes et les sous-entendus que j’ai pu constater. Je me souviens d’un casting en particulier. La première question qu’on m’a posée c’est “tu es d’où?”. Peut-être que d’autres filles n’auraient pas porté cas mais moi ça m’énerve. Je ne vois pas le rapport. Et puis ça n’a pas loupé. Il a commencé à faire un lien avec des filles noires qu’il connaissait genre “elles sont d’Afrique mais plus vers le bas, tu vois ?” avec un signe de la main. Ça veut dire quoi ça ?

 

Certains témoignages vous ont choqué ?

Oui. Franchement dans ce livre il y a des trucs incroyables pourtant des phrases racistes j’en entends tout le temps.

 

Vous avez monté les marches ensemble à Cannes. Qu’avez-vous ressenti ?

C’était vraiment magique. Cela faisait plus d’un mois qu’on en parlait. On était toutes là, habillées en Bellemin (une idée à moi) et tout s’est déroulé comme prévu. De plus, le livre se vend donc c’est une chance. Il faut en profiter sans tirer trop sur le fil.

 

Est-ce qu’il y a un effet boule de neige comme dans les derniers mouvements type balancetonporc ou MeToo?

Ma mère Rahmatou Keïta est journaliste. Avec d’autres consœurs, elles veulent relater des choses. Je sais aussi qu’il y a d’autres corps de métiers qui voudraient se mobiliser. C’est le message que je veux faire passer, il ne faut rien lâcher !

 

Depuis la parution du livre les choses sont-elles différentes ?

Je dirai que le changement, je ne le sens pas trop, personnellement. Je sais que des directeurs de castings ont dit à certaines filles “vous ne vous rendez pas compte de ce que cela va changer”. Beaucoup de personnes s’y sont intéressées. Après, il faut que ceux qui ont le pouvoir de faire changer les choses le fassent. Ce que je veux, c’est qu’étant en France, les films reflètent la société qui est multiculturelle. Les films sur la diversité sont souvent bourrés de clichés.

 

Professionnellement où en êtes-vous ?

Je suis en écriture d’un long-métrage. Sinon, j’ai déjà écrit un clip pour un artiste qui s’appelle Guit. On attend un peu pour trouver des fonds.

 

Propos recueillis par Laura Berlioz