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Charlotte Valandrey – Portrait

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Elle a les yeux revolver… Marc Lavoine aurait pu écrire cette chanson pour Charlotte Valandrey, tant son regard est bleu acier, surmontant un sourire qui traduit à la fois force, douceur, énergie, volonté… et amour de la vie.
Dieu sait si pourtant, Charlotte en sa jeune vie a dû surmonter bien des épreuves :  à 18 ans, alors que s’épanouit l’actrice avec succès, elle apprend sa séropositivité. Après deux arrêts cardiaques, elle subit une transplantation. ce qui mettra évidemment sa carrière entre parenthèses, d’autant que Jean-Claude Brisseau, qui l’avait choisie pour “Noces blanches”, apprenant sa séropositivité, lui préfèrera Vanessa Paradis…

On pourrait à moins être amère, dépressive à vie. Charlotte a préféré se battre, être positive, croire en la vie et lutter. A tel point qu’elle a pu mener à bout une grossesse à risques. Aujourd’hui, sa fille a 12 ans, c’est l’amour de sa vie et elle nous avoue en riant qu’elle redoute la pré-adolescence qui promet d’être chaude !
Après “Rouge baiser” qui lui a valu l’ours d’argent à Berlin à l’aube de ses 18 ans, après “Les Cordier juge et flic”, la série qui a eu un énorme succès, et malgré la rareté de ses apparitions, le public, lui, est resté fidèle et aimant. On s’en est rendu compte à la queue interminable qu’elle a créée à la Fête du Livre de Toulon où elle a signé ses trois livres* sans discontinuer et avec son beau sourire.
Car elle a décidé de raconter ces histoires hors du commun qui ont bouleversé sa vie. Une “biographie trilogique” à la fois bouleversante, superbement maîtrisée au niveau de l’écriture et qui vous donne une pêche incroyable. Car notre comédienne à fleur de peau est une vraie écrivaine qui nous raconte son chemin de croix avec lucidité, avec humour aussi car elle sait déconnecter les pires moments de sa vie et donner une belle leçon de force, de courage… de “niaque”.

Charlotte Valandrey

Quant à moi, j’ai connu Charlotte Valandrey dans de drôles de circonstances.
Nous étions en 2005, j’étais alors responsable du festival du premier film de la Ciotat et, comme tous les ans, je composais un jury pour donner un Lumière d’Or à un jeune réalisateur. J’aime à m’entourer d’amis alors j’invitais Laurent Malet comme président, Marie-Anne le Pezennec (scénariste de “Dolmen” entre autres), Marie-Dominique Girodet (ex Mme Zidi), productrice entre autre de “Pédale douce” puis un jeune comédien, Pierre Arnaud-Juin et Charlotte Valandrey que je ne connaissais pas mais que leur agent m’avait proposés.
Notre première rencontre fut explosive : Les attendant à l’hôtel, l’ascenseur s’ouvre sur une Charlotte ébouriffée qui m’annonce tout de go qu’elle ne resterait pas une minute dans cet hôtel. Certes, il n’était pas en bord de mer mais les hôtels sont rares à la Ciotat et celui-ci était tout neuf. Ayant un tempérament aussi volcanique que Charlotte, je lui répondis vivement et la laissait en plan. C’est Laurent, toujours très attentif aux autres qui vint me dire de trouver un terrain d’entente car il lui semblait que Charlotte n’était pas bien. Grâce à lui on finit par trouver un joli hôtel en bord de mer et j’y installais tout le jury. La semaine fut idyllique, entre projections, bains de mer et repas qui n’engendraient pas la mélancolie… A tel point qu’en partant, ce fut avec Charlotte des remerciements, des effusions et des larmes avec promesse de vite se revoir.

Quelques mois après elle sortait son premier livre et l’on apprenait sa séropositivité, ceci expliquant cela. Je fus très triste et le lui écrivis. Depuis, nos routes ne s’étaient plus croisées et je fus heureux d’apprendre qu’elle viendrait à la Fête du Livre de Toulon pour présenter son troisième livre.
Dans ce troisième tome “N’oublie pas de m’aimer”, elle retrouve l’homme qu’elle aime et qui n’est autre que le veuf de la femme qui lui a donné son cœur. Histoire ahurissante et émouvante pour ce couple pas comme les autres. Mais c’est aussi une chronique sociale qu’elle vit au jour le jour dans son immeuble entre un tout vieux et tout gentil monsieur qu’elle appelle son parrain et qu’elle prend sous son aile et une voisine mystérieuse dont on apprendra peu à peu le pourquoi de son installation dans ledit immeuble.
Histoire qui nous tient en haleine jusqu’au bout et qui est digne d’un scénario car l’écriture de Charlotte est très cinématographique.

Tout au long de ce livre, elle égrène également quelques conseils et recettes de bien-être, de mieux vivre, de confiance en soi : “Ce sont des recettes dont la base est faite d’expériences que j’ai vécu. ça ne se fait pas en un jour, il faut beaucoup de temps mais ça m’a fait du bien et j’ai eu envie de partager ces exercices avec ces lecteurs qui me sont fidèles. J’ai eu des moments de dépression mais je m’en suis toujours sortie, en me faisant quelquefois aider pour passer des caps difficiles. Si à mon tour je peux aider, je serai heureuse.

Charlotte, tu dis être “une battante solitaire”. Lorsqu’on traverse de telles choses, est-on vraiment
seule ?
D’une certaine façon, oui, car il faut se battre avec la maladie et c’est un combat que personne ne peut faire à notre place. Mais il vrai aussi que j’étais très seule et je pense qu’être entourée est plus facile à supporter, à vivre.

Courageuse, positive… Ce sont des adjectifs qui te caractérisent ?
Positive oui, je le suis… Courageuse aussi certainement mais par la force des choses. C’est ça ou baisser les bras. Tu sais, lorsqu’on ne va pas bien, il faut l’accepter et se battre. Peut-être se mettre un moment sous la couette, pleurer un bon coup… mais pas très longtemps et ne voir que le côté positif. Enfin, c’est ainsi que je vois les choses. Je pense que le bonheur est dans l’action, il faut toujours faire quelque chose, avoir un projet et lorsqu’on est fatigué, on prend le temps de se reposer et on repart.
Et puis surtout, j’aime la vie, c’est une force que j’ai en moi et je vis l’instant présent. Ma devise est “carpe momentum”. Je profite de tous les moments et je me dis que, tant que je ne suis pas à l’hôpital, tout va bien. J’ai appris à relativiser beaucoup de choses, j’ai mis neuf ans à me reconstruire et chaque matin je dis merci d’être en vie.

Après ce vécu dramatique, as-tu envie d’aller raconter ton histoire, de faire profiter de ton expérience et de donner du courage à des malades, dans les hôpitaux ?
Non… Je ne pense pas, à l’heure d’aujourd’hui, en être capable. Ces neuf ans à me reconstruire je les ai passés très souvent à l’hôpital. Aujourd’hui encore je suis obligée de m’y rendre car je suis toujours suivie. Cela me suffit. Je ne suis pas encore prête à passer du temps dans les hôpitaux pour les autres, à rencontrer des malades car ça me replonge dans ce que j’ai vécu. Plus tard peut-être mais c’est encore trop difficile, trop douloureux. Il me faut encore du temps.

C’est pour porter cet espoir que tu t’es mise à écrire ?
Egoïstement, c’est d’abord pour moi car ça m’a beaucoup aidée à surmonter beaucoup de choses, d’autant qu’alors je n’avais rien d’autre à faire. Mais lorsque le public me dit que mes livres sont des messages d’espoir et que ça les a aussi aidés, c’est un beau cadeau partagé.

Lorsqu’on te lit, on sent un véritable talent d’écrivain. As-tu pensé à écrire un roman ?
Oui bien sûr, pourquoi pas ? J’ai déjà une idée… dont je ne te parlerai pas ! Le problème est qu’aujourd’hui mon entourage me dit de continuer à parler de moi. Encore faut-il qu’il y ait des choses à raconter ! Pour le quatrième livre, donc, je ne sais pas ce que je ferai. Mais ce ne sera pas avant deux ans.

Lors de tes dédicaces, la majorité des gens qui viennent vers toi sont des femmes. As-tu analysé cela ?
Non… Je pense d’abord que ce sont surtout les femmes qui demandent des dédicaces de livres, les hommes osent moins, surtout pour des artistes femmes. Et puis j’aborde des sujets qui concernent plus les femmes… Quoique…Ce sont des expériences personnelles qui les touchent et que nous partageons. Sans compter que je suis certaine que les hommes, qui sont plus pudiques, osent moins venir… ce qui ne les empêchent pas de piquer le livre à leur femme pour le lire ! En tout cas, mon public féminin est très large : il va de 18 à 80 ans !

Charlotte Valandrey et Jacques Brachet

Alors, surprise : on va te retrouver sur le petit écran, sur NRJ 12 exactement, mais là où on ne t’attendait pas !
Effectivement, on m’a proposé d’être la directrice de la nouvelle “Star Academy” qui démarre le 29 novembre… C’est un rôle inattendu !
Ce n’est pas un rôle. Je vais être moi-même. Je serai celle à qui les jeunes participants viendront se confier. Je serai là pour les encourager mais je serai aussi capable de sévérité. Je vais essayer de leur transmettre mes valeurs de respect, de travail, de savoir.
Je pense que ce sera intéressant de suivre ces jeunes au jour le jour, de voir leur identité, leur personnalité se développer, s’améliorer, s’affirmer. Je serai donc à la fois sévère et tendre et surtout à l’écoute. Ce ne sera donc pas un rôle mais une mission et surtout ce sera sincère car je ne sais pas tricher.

Et le cinéma ?
A moins de devenir scénariste, réalisatrice et productrice, je ne vois pas ce que je peux faire.  J’espère que, de me voir à la télé, producteurs et réalisateurs se souviendront que j’existe, que je suis toujours là et en bonne santé et que je sais toujours jouer sans problème !
Tu sais, aujourd’hui le cinéma m’ignore et évidemment je le regrette, d’autant qu’avec tout ce que j’ai vécu, j’ai une palette de couleurs à proposer. Tous ces événements m’ont mûrie, m’ont appris beaucoup de choses, m’ont fait prendre du recul, de l’expérience et j’ai envie de pouvoir redonner tout ça.
A condition qu’on me fasse confiance.

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

*”L’amour dans le sang” (2005) – “De coeur inconnu” (2011) – “N’oublie pas de m’aimer” (2012) (Editions du Cherche Midi).
N'oublie pas de m'aimer de Charlotte Valandrey