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Limitation à plus de 50, Sylvie Guichenuy

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Une Française adulte sur deux a plus de 50 ans. Une majorité réelle dans la vie qui demeure une minorité invisible dans les fictions. Parmi ces comédiennes, Sylvie Guichenuy. Passée par la commedia dell’arte, des pièces de Feydeau ou encore des représentations à New York, elle endosse de nombreux premiers rôles. Cette comédienne défend aujourd’hui le manque de représentation des actrices quinquagénaires aux côtés de l’AAFA. Un manifeste contre le “tunnel de la comédienne de plus de 50 ans” regroupe déjà plus de 12.000 signataires.

Vous jouez actuellement dans des pièces où les femmes ont un rôle prédominant. Parlez-nous en.
C’est toujours moi la cocue (rires). Dans “Un banc pour deux”, de Jérôme De Verdière, je suis Sophie. Sans le savoir, elle va se retrouver sur un banc avec celle qui n’est autre que la maîtresse de son mari. Elles vont découvrir le pot aux roses. La pièce va tourner autour du lien qu’elles vont nouer et surtout de la solidarité féminine. Dans “Deux femmes pour un fantôme” de René De Obaldia, mon personnage invite la maîtresse de son époux après avoir découvert la tromperie. Les deux femmes se battent pour lui mais ne savent pas encore qu’il vient de décéder. Elles sont désormais confrontées à son fantôme.
Comment expliquez-vous ce “tunnel de la comédienne de plus de 50 ans” ?
On nous attribue des rôles lorsqu’on est jeunes. Sans caricaturer, force est de constater que peu de femmes endossent des rôles prestigieux comme chef de clinique par exemple. Ensuite, on nous met au placard pour réapparaître à 70 ans, en vieille dame.

Quel est votre projet ?
On se bat via l’AAFA (Actrices et Acteurs de France Associés). Une nouvelle commission a été créée. Celle du “tunnel de la comédienne de plus de 50 ans”. Tout cela part d’un constat simple : qui n’est pas représenté n’existe pas. La commission a rédigé un manifeste dans lequel chacun s’engage à combattre cette invisibilité. Ce document, initié par Marina Tomé, sera porté au ministère de la culture et à Marlène Schiappa.

Est-ce le miroir des clichés subis par les femmes au quotidien ?
Dans les fictions, un homme de 50 ans est souvent présenté avec une épouse ou une maîtresse de 10 ans de moins que lui. Les statistiques réelles sont bien différentes. Dans un couple, l’écart moyen est de deux ans et demi. Ce cliché reste un fantasme dont certains font une généralité. C’est le reflet de ce que vivent les femmes: même plafond de verre, mêmes inégalités,… Qu’elles soient techniciennes de surface, directrices de recherche ou artistes, c’est pareil.

Le grand public est-il sensible à ce problème ?
C’est le début d’une prise de conscience. En revanche, beaucoup ne comprennent toujours pas notre combat. Le peu de femmes de cette tranche d’âge présentes sur les écrans ou sur les planches sont très médiatisées. En 2018, on comptait seulement 6 % de femmes de plus de 60 ans au cinéma dont les plus connues des actrices françaises. Quand on évoque notre cause, on essaye de nous contredire avec des exemples comme Catherine Deneuve ou Fanny Ardent. Les gens doivent comprendre que ce n’est que l’arbre qui cache la forêt.

Propos recueillis par Laura Berlioz

Manifeste disponible sur change.org

Un banc pour 2
Tous les dimanches de mars à 14H30
Théâtre du Marais (Paris)

2 femmes pour un fantôme
Théâtre de La Grande Poste (Bordeaux) du 19 au 23 mars