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Marion Game, j’ai enfin apprivoisé ma vie

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“Alors Huguette…Vous avez laissé Raymond à la maison ?
-Oui, ça me fait des vacances !”
Cette question, si elle ne pas entendue mille fois, elle ne l’a jamais entendue !

Entre La Rochelle où elle fit un bref passage et la Fête du Livre de Toulon où elle est venue signer son livre “C’est comment votre nom, déjà ?” aux éditions de l’Archipel, pour quatre millions et demi de téléspectateurs elle est devenue Huguette, la femme de Raymond, un couple irascible et
méchant dans le programme court de M6, “Scènes de ménages”, tous les soirs sur M6 avant les infos.
Elle joue le jeu bien sûr, en riant avec tout le monde mais aussi un petit peu agacée. J’ai voulu savoir pourquoi et ce, malgré un parcours du combattant, d’abord pour l’approcher tant la foule est dense et pour parler entre deux signatures, trois photos et quelques bises à Huguette !

“C’est tout le temps comme ça – m’avoue-t-elle – un tel dédoublement de la personnalité, je n’aurais jamais imaginé.

Ça vous agace ?
Pas vraiment car c’est un succès inattendu, les gens sont gentils et je ne vais pas cracher devant tant de ferveur, d’autant que c’est de la vraie émotion, de la vraie joie, de la vraie sincérité de la part du public qui nous fait entrer chez lui tous les soirs…

Alors ?
Alors, Huguette, c’est aujourd’hui quelquefois lourd à porter et ça limite mon champ d’action. D’un côté, c’est gouleyant d’être aussi connue et autant aimée mais d’un autre, c’est réducteur. En fait, ce n’est qu’un rôle comme plein d’autres que j’ai joués. J’ai fait des choses très différentes, plus intéressantes et aujourd’hui je suis réduite à Huguette ! C’est vrai que ça m’a fait revenir au premier plan mais c’est presque trop énorme ! car peu de gens se souviennent que je me nomme Marion Game.

Comment avez-vous eu ce rôle ?
J’ai rencontré un pote avec qui j’avais tourné quelques pubs, quelques petites choses à deux balles. Il m’a proposé ce programme court qui devait passer avant les infos. Une sorte de truc pour combler un trou en attendant le journal. J’ai donc passé le casting avec Gérard Hernandez qui est un vieux complice et avec qui nous avons fait des choses peu reluisantes car nous avons souffert ensemble ! Tous les deux, on en a sous le capot ! Mais justement, nous sommes tellement complices que l’alchimie a été immédiate ! Jamais on aurait imaginé le succès que ça aurait !

Pas peur de jouer le duo méchant et con ?!
Même pas peur ! Nous avons cherché l’authenticité, l’accent véritable sans entrer dans la caricature mais jouer les vrais méchants qu’on peut rencontrer tous les jours. Quant aux dialogues, ils sont
ciselés, précis, bien construits. Ça tient la route… la preuve !

Vous avez votre mot à dire sur les dialogues ?
Non, c’est tellement bien écrit ! A peine si, quelquefois, on ajoute sa petite pastille personnelle, sa petite cerise sur le gâteau. Ensemble avec les auteurs, on lit les textes, on fait le marché ensemble. Si ça nous plaît on prend sinon on jette à la poubelle ou si l’on sent qu’il y a quelque chose ça repart à l’écriture.

Quant aux costumes, plus flashies et ringards, tu meurs !
Eh bien mon cher, aujourd’hui ils sont, comme on dit, “vintage” ! Les gens veulent nous les acheter. D’ailleurs un jour Gérard est arrivé sur le tournage en slip et marcel : il avait vendu ses affaires dans une brocante !

La télé a souvent fait appel à vous…
Pas tant que ça. Oui, j’ai joué dans quelques beaux films et nombre de séries pour un épisode ou deux, à part “Plus belle la vie” et “Boulevard du Palais” où j’ai tenu huit ans jusqu’à ce que le producteur jette tous les vieux de la série pour faire plus “d’jeun”. Quatre mois après je faisais “Scènes de ménages” et vu le succès il s’est mordu les doigts ! Mais aujourd’hui le métier est géré par des technocrates qui n’y comprennent rien… Voilà le résultat.

Parlons donc de ce livre…
Vu le succès, l’Archipel m’a proposé d’écrire ma bio. J’avoue que je n’étais pas très chaude car lorsqu’on avance dans le succès on n’a pas envie d’ouvrir les fenêtres d’un passé douloureux.

Si douloureux que ça ?
Oui car déjà, petite, j’ai eu des difficultés à exister tout comme plus tard, dans la profession. Lorsqu’on voit la réussite d’acteurs pas plus talentueux que soi alors qu’on stagne, c’est frustrant et difficile à vivre. Mais finalement, d’écrire ce livre m’a fait du bien, m’a fait avancer et positiver. Un jour j’ai décidé de prendre ma vie dans mes bras, de l’apprivoiser et de l’affronter enfin sans plus penser à rien. J’ai plongé dans la piscine sans état d’âme.

Le résultat ?
Eh bien, finalement, je me dis que ma vie n’a pas été aussi nulle que ce que je pensais, que j’ai quand même vécu de belles choses et que mon existence a été plutôt passionnante.

Avec cet énorme succès, qu’est-ce qui a changé ?
Dans le métier… rien ! On ne me propose pas plus de choses qu’avant. Mais j’ai le théâtre. J’ai beaucoup joué à Paris et en tournée comme l’an dernier cette tournée avec Geneviève Fontanel “Le squat” qui a été un énorme succès. Le théâtre, c’est ma survie, c’est ce qui me fait avancer… C’est mon schmilblig personnel !

Vous allez donc faire l’émission de Ruquier comme tout “people” qui se respecte ?
Jamais de la vie ! Je ne suis pas maso et je ne vois pas pourquoi, étant populaire, j’irais me faire descendre par deux prétentiards (surtout lui !) qui pensent avoir la science infuse, boursouflés de suffisance, qui crachent sur tout le monde avec une incroyable grossièreté.
Je ne leur ferai pas le plaisir… d’une scène de ménage !»

Propos recueillis par Jacques Brachet
Photos Christian Servandier

Huguette et Raymond

“C’est comment votre nom, déjà ?”
(Ed l’Archipel)

Celle qu’on considère comme une “rigolote” façon Jacqueline Maillan, n’a pas toujours rigolé hélas. Une enfance au Maroc ballottée entre un père qui décède alors qu’elle est enfant, une mère qui la relègue chez la grand-mère et puis un premier mari veule et immature qui l’empêche de voir leur fille. Et ça continue : un Jacques Martin jaloux de ses succès au théâtre et irascible, un Jacques Verlier, comédien et père de ses deux fils jaloux comme un tigre et la suivant partout, et enfin, un métier qui ne lui a pas fait de cadeaux… Voilà en quelques mots celle qui aujourd’hui, est l’une des comédiennes préférée des Français… Mais elle ne l’aura pas volé, ce succès car il y a derrière tout ça, talent, acharnement, optimisme malgré des moments de désespoir mais une volonté de fer pour ne pas lâcher prise et s’accrocher à la vie et à ce métier de comédienne qu’elle a toujours voulu pratiquer, dès son enfance. On aime Huguette mais en lisant ce livre on adore Marion, femme qui s’est toujours battue pour la vie, pour ses enfants, pour un métier qui la reconnaît un peu tard même si, en se retournant, elle se rend compte que sa vie n’a pas été aussi noire qu’elle le croyait. Marion Game (au nom prédestiné pour “jouer”) est une belle personne et mérite d’être connue en tant que femme et reconnue en tant que comédienne.