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Michel estades “je suis parti en barque, aujourd’hui c’est un paquebot”

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Michel Estades est un “vieux” complice… même s’il est plus jeune que moi !
Je l’ai connu tout jeune homme, déjà féru d’art qui est et reste sa passion. Très vite vendre de la peinture deviendra pour lui une évidence. D’autant qu’il est très attiré par les peintres provençaux et que ceux-ci, de Baboulène à Sardi en passant par Cornu, Astoin, Deval, vivent à Toulon.
En 86 il ouvre un magasin de brocante “La trouvaille”. Quatre ans plus tard il ouvre sa galerie toulonnaise. En 98, il rachète la galerie St Vincent à Lyon et trois ans plus tard il ouvre sa galerie parisienne Place des Vosges. Paris qu’il retrouve après une période où il vendait déjà aux puces de St Ouen. Ses clients, excusez du peu, se nommaient alors Jean Ferrat, Régine Desforges et une certaine… Tina Turner ! Mais aussi des patrons de presse et des PDG de sociétés du CAC 40 !
Que de chemin parcouru par ce petit Toulonnais qui me dit en riant :
“Je suis parti en barque, aujourd’hui j’ai un paquebot. Mais je suis resté fidèle à mes artistes et avec eux je vis de belles aventures.”
Aujourd’hui, lui arrivent annuellement quelques 500 demandes d’expos : “Sur le tas, il y en a 450 à jeter car il y a beaucoup de gens qui peignent mais il y a peu d’artistes. J’ai un grand privilège aujourd’hui : je peux choisir “mes” artistes.

Comment les choisis-tu ?
Par coup de cœur, par feeling. Je sais déceler des artistes en devenir et je suis un affectif. Il faut qu’il y ait à la fois l’étincelle artistique et humaine. Après, il y a le travail de l’artiste, la confiance mutuelle. Je forme avec mes artistes une communauté, une famille”.
A chaque étape de sa vie, il a ouvert des portes sur l’art. S’il aime toujours passionnément les peintres provençaux, il a découvert l’école lyonnaise et, grâce à Maurice Garnier, qui fut le marchand de Bernard Buffet et qui a aujourd’hui 92 ans, il s’est ouvert à l’art contemporain.
Dans le métier, il s’est forgé une belle réputation et aime à dire qu’aujourd’hui il ose aller sans honte vers les plus grands.

N’as-tu jamais pensé t’installer à Paris ?
Pour quoi faire ? Mon père est né à Toulon, à la Maison des Têtes, à côté de ma galerie et je tiens à rester là. Sans compter qu’aujourd’hui les acheteurs viennent vers moi. Les vrais passionnés n’hésitent pas à faire des kilomètres pour découvrir une oeuvre, un artiste.

Tes artistes exposent dans tes trois galeries ?
Oui, à intervalles réguliers et chaque fois avec des oeuvres nouvelles. Ce n’est jamais la même exposition à Toulon, Lyon ou Paris.

Alors, grande question : l’art est-il élitiste ?
Heureusement que non ! En tout cas je fais en sorte que l’art soit à la portée de tout amateur. C’est une notion importante, aussi bien pour l’artiste que pour l’acheteur.

As-tu des contrats avec tes artistes ?
Oui… un contrat de confiance ! Ce qui compte c’est la foi, la confiance, l’honnêteté, la fidélité. Je ne sais vivre que de cette façon.”

Et c’est vrai qu’avec certains artistes, il y a déjà quelques décennies de collaboration, de complicité. Comme c’était le cas avec notre amie commune Marie Astoin, que nous évoquons toujours avec beaucoup d’émotion.
Michel Estades est un vrai grand professionnel de l’art, comme il n’en existe qu’une poignée aujourd’hui, à la fois respecté et aimé… ce qui est très rare dans ce milieu !

Jacques Brachet

Michel Estades dans sa galerie de Toulon