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Paul Amar – Confessions

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Illustre journaliste, cher au grand public, Paul Amar est un passionné qui a marqué les esprits et le paysage médiatique français. Pour la première fois, il se confie dans un livre intitulé « Blessures », les blessures de sa vie, son enfance en Algérie, son adolescence à Lyon et le journalisme, d’une extrême sensibilité, il tente de trouver une réponse dans la France d’aujourd’hui dans ce témoignage bouleversant, celui d’un homme profondément blessé.

Paul Amar, journaliste - Limpact

Editorialiste politique écouté, célèbre animateur des soirées électorales et des grands débats de société, Paul Amar, toujours impartial et indépendant, a su donner la parole aux uns et aux autres. Aujourd’hui, sans compromis, il exprime  avec une extrême sensibilité son mal-être et sa colère face à la montée du racisme et de l’antisémitisme. Rencontre avec un homme blessé qui rend hommage à cette France qui lui a tendu les bras, à ses valeurs républicaines parfois bafouées, à ce pays qu’il aime tant.

Paul Amar, pour la première fois vous livrez vos états d’âmes dans un livre intitulé « Blessures ». Vous qui aviez l’habitude de donner la parole aux autres dans votre métier de journaliste, dans ce livre vous la prenez, alors pourquoi avoir choisi de vous confier aujourd’hui ?
Il s’agit d’un état des lieux de la France actuelle, d’une manière personnelle, c’est la première fois que je parle de moi. La situation de la France aujourd’hui m’inquiète et me trouble, elle me renvoie à ma propre enfance en Algérie, une enfance de douleur pour ma famille qui est confrontée à un double antisémitisme. Mon père a perdu son emploi à cause des lois raciales de Pétain et puis il y a les insultes, les injures, les crachats, les attentats et les bombes qui nous blesseront mon copain et moi-même alors que nous sommes en train de jouer devant chez moi. A l’époque l’Algérie était en guerre, aujourd’hui, la France est en paix mais c’est cette enfance douloureuse qui ressurgit lorsque je vois qu’aujourd’hui de nombreux hommes désignent les français par leur origine, que chaque jour de jeunes français juifs sont agressés, que l’on assassine par les mots et par les armes, c’est toute mon inquiétude que j’exprime dans ce livre.

Pour la première fois également, vous utilisez la première personne…
Oui, je raconte mon histoire, notre histoire, celle de notre pays secoué depuis le début des années 1980. Je suis d’autant plus triste que j’ai connu le temps de la fraternité, j’ai vécu des années magnifiques autour des valeurs de la République. A cette époque, nous vivons à Villeurbanne et je côtoie de jeunes français d’origines diverses, nous nous retrouvons dans les mêmes écoles avec un seul et même drapeau, celui de la France. On ne se posait pas la question de l’identité. Mon histoire est une histoire française, celle d’un français né en Algérie, arrivé en France à cause la guerre, qui a suivi de très près l’évolution de la France.

Aujourd’hui, vous êtes un homme blessé, inquiet ou révolté ?
J’étais un homme blessé et inquiet avant les attentats du 7, 8 et 9 janvier dernier. Aujourd’hui, après cette tuerie, je suis révolté.

Selon vous, de quels maux souffre le pays ?
Le pays souffre d’un manque de confiance, pourtant il a toutes les ressources possibles pour avoir confiance en lui-même. Depuis le 11 janvier, il s’est passé quelque chose, un sursaut républicain, la population française a pris conscience de la gravité des faits et elle entend bien stopper cette montée de la haine et de la barbarie. Il y a une prise de conscience et une prise de confiance mais malheureusement cela n’arrêtera pas les terroristes. Je suis inquiet sur le court terme, je pense que d’autres attentats pourraient éclater mais je suis confiant sur le long terme car je pense que la France et ses valeurs triompheront.

Peut-on dire de votre livre qu’il rend hommage à la France ?
Absolument, il y a deux versants dans mon livre, un versant sombre où je condamne cette violence meurtrière et un versant où j’affirme que la France est un modèle, un pays exemplaire, elle doit se montrer irréprochable, on la regarde. C’est un hommage que je rends à cette France à qui je dois tout, je dois tout à l’école de la République et à la télévision de la République.

Y a-t-il une dimension pédagogique pour les jeunes d’aujourd’hui dans votre livre ?
Je dédie ce livre aux enfants, bien entendu. Lorsque les jeunes veulent me rencontrer pour une étude de cas, un mémoire ou autre, j’accepte toujours, je me rends disponible, c’est quelque chose de très important pour moi. C’est un livre mémoire, pédagogique et je serais honoré de savoir que les jeunes l’ont lu.

Face à cette montée du racisme et de l’antisémitisme, vous évoquez la responsabilité des médias, pensez-vous avoir vous aussi une part de responsabilité ?
Bien sûr quand je parle des médias, j’ai moi aussi une part de responsabilité, j’ai combattu dans les années 1980 contre cette montée de l’extrême droite, certaines personnalités ont véhiculé ce discours de haine, hommes politiques ou humoristes et les médias ont cultivé cette fascination répulsion, alors ils les ont invité régulièrement sur les plateaux de télévision. Attention, je ne dis pas que les médias approuvent cette haine, pas du tout mais je pense que l’on devrait réfléchir d’avantage à la façon d’exercer notre métier.

On se souvient de votre geste insolite lors du débat entre Jean-Marie Le Pen et Bernard Tapie en 1994 (Paul Amar propose deux paires de gants de boxe aux deux contradicteurs, ce qui suscitera une vaste polémique, NDLR), comment expliquez-vous ce geste aujourd’hui ?
Je ne suis pas dans le registre du regret, je pense qu’il faut toujours avancer. Mais je tiens à rappeler le contexte. J-M Le Pen ne cessait de stigmatiser des Français d’origine juive. Il ne cessait d’insulter la mémoire des victimes de l’Holocauste. Et il ne cessait d’être invité par les médias. Ce débat qui m’était imposé, je le trouvais indigne de l’idée que je me fais de la Démocratie, et de mon métier. Alors, j’ai exprimé un souffrance muette, par un objet “signifiant”. Ce geste me ressemble si peu, qu’il illustrait fortement mon trouble.

Quel est votre rapport avec l’information et les médias aujourd’hui ?
Je reste journaliste. Je reste passionné par ce métier. Mes confrères font leur travail, librement. Mais certains d’entre eux se laissent tenter par une fuite en avant. Ils sont à ce point fascinés par le Net, qu’ils se lancent dans une sorte de course de vitesse, de crainte d’être devancés par le Web. Et ils prennent le risque de diffuser des informations, sans les recouper, les vérifier. On l’a observé lors de la couverture  des attentats en Janvier. Ce manque de rigueur peut être fatal. Il peut mettre la vie de personnes en danger.”

Marine Astor

Paul Amar, Blessures - Limpact