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Thierry Siffre – Homme de mots

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Après « Reflets d’une âme en taille-douce », l’analyse ciselée du célèbre casse de la Banque de France à Toulon en 1992, Thierry Siffre dévoile « Werner ou la porte du ciel », une correspondance imaginaire et bouleversante sur la rafle de Vernoux en 1944. Comme un jeu de piste, il manie les mots avec une aisance absolue, se passionne pour les personnages de roman et les histoires qui ont défrayé la chronique.

En 2011, sortait dans les librairies toulonnaises, « Reflets d’une âme en taille-douce », un témoignage psychologique à propos d’un fait divers captivant, le célèbre et mystérieux hold-up de la Banque de France à Toulon en date du 16 décembre 1992. 20 ans après, Thierry Siffre s’intéressera aux coulisses de cette affaire hors norme et adaptera le plus gros braquage du 20e siècle dans un roman. Il pèse les mots avec habilité et livre une profonde observation sur les changements de comportements et les mécanismes intimes de chacun.
Aujourd’hui, l’auteur évoque avec pudeur le malheur, la rafle de Vernoux-en-Vivarais en 1944 à travers un roman épistolaire. « Werner ou la porte du ciel » est un véritable travail de mémoire sur la perte, la destruction et l’effet d’entrainement vers une atmosphère austère. Thierry Siffre choisi ses sujets avec attention, il étudie en profondeur les faits historiques et leur signification pour délivrer au lecteur une analyse profonde et sensée qui pousse à la réflexion.

Pourquoi avez-vous souhaité traiter d’un sujet au goût amer ?
Les histories vraies me passionnent. J’ai été touché par l’histoire du 13 avril 1944 à Vernoux que l’ont m’a raconté, alors l’idée d’une lettre fictive m’est venue presque instinctivement. Plus qu’un devoir de mémoire, il s’agit d’un devoir de conscience qui aborde l’espérance de l’homme, la pente descendante qui conduit parfois à la destruction. « Werner ou la porte du ciel » est un appel à la vigilance, un véritable cri du cœur.

Qu’est-ce qui vous attire dans ces destins hors du commun ?
Les destins qui sortent du commun sont particulièrement poignants, lorsque la réalité dépasse la fiction, c’est la démarche psychologique qui m’attire, imaginer comment peut-on en arriver à cet échappatoire, que s’est-il passé à un moment donné pour que la vie d’une ou plusieurs personnes bascule jusqu’à commettre l’irréparable. Comprendre les chemins empruntés et la bifurcation dans les comportements de chacun, voilà bien quelque chose qui me passionne.

Quel est votre rapport à l’écriture ?
Le romancier se surprend parfois à s’imaginer une seconde vie lorsqu’il se glisse dans la peau de son protagoniste. Pour ma part, je prends plaisir à rêver, composer, retrouver des archives, récolter des témoignages et les retranscrire sur le papier. Plus qu’une passion, l’écriture est une nécessité, la littérature un équilibre de vie.
Le jugement du lecteur est quelque chose qui vous fait peur ?
Tout romancier s’expose au jugement d’autrui, personne n’y échappe. Nous ne pouvons pas nous restreindre, nous nous dévoilons forcément à un moment ou un autre, sinon il n’y aurait aucune identité dans notre style d’écriture. Je pense qu’il faut savoir traiter un sujet avec une certaine pudeur, sans juger le protagoniste, rester en retrait et trouver un juste équilibre entre exhibitionnisme et littérature.

Propos recueillis par Marine Astor

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