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Vincent Lagaf – Portrait

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Une rencontre est souvent une surprise ou une opportunité, qui génère avec elle son lot
d’incertitudes et d’émotions. Ma rencontre avec Vincent Lagaf’ a été une succession d’événements qui nous ont mené l’un à l’autre. J’ai découvert un personnage sensible, un peu replié sur lui-même, presque solitaire, quelqu’un qui a besoin de se protéger du monde extérieur, et qui est pourtant un vrai passionné de la vie.

L’histoire a débuté au Maroc où je partais avec un ami, participer au Raid Quad Passion Magazine. De mon côté j’étais en vacances et j’y allais pour l’aventure, au milieu de cent cinquante autres participants, alors que de son côté, il y était pour le plaisir, en tant qu’invité VIP, mais aussi pour travailler, puisqu’il était chargé des animations de chaque soir. Un premier hasard a voulu que nous soyons assis quasiment côte à côte, dans l’avion qui nous menait à Erachidia, au Maroc. Pour ma part, en tant que journaliste, j’avais évidemment dans l’idée de pouvoir l’aborder pour éventuellement faire une interview pour le magazine. Sachant avant de partir qu’il serait là, je m’étais renseigné sur le personnage qui, semble-t-il, n’était pas très facile à aborder. Plusieurs personnes, dont mon ami et coéquipier Jean-Paul, m’avaient averti de son  côté “soupe au lait”, alors qu’il est connu du grand public comme un animateur décontracté et populaire.

Durant la semaine marocaine, je l’ai observé et j’ai effectivement constaté qu’il restait un peu à part, avec l’équipe organisatrice. C’est à deux jours du départ, que je me suis enfin décidé à l’aborder pour lui parler du magazine et lui demander ses coordonnées. S’il n’a pas accepté tout de suite de me les confier, il a pris en main le magazine, ma carte et m’a promis de me recontacter.

Quelques jours après mon retour, je reçois un coup de téléphone. “Allo, c’est Vincent Lagaf’. J’ai regardé le magazine Limpact, je trouve ça clean et je suis OK pour une interview”. Dans la foulée, nous prenons rendez-vous pour le 13 décembre, chez lui à Cavalaire. Le jour dit, je prends la route, suivant les indications de mon GPS. Je m’engage dans un chemin de terre mais je dois me rendre à l’évidence : il faut faire demi-tour, alors qu’apparemment je suis à deux kilomètres du but. C’est à ce moment-là que mon téléphone sonne : “Allo c’est Vincent, je ne suis pas chez moi, appelle-moi dès que tu arrives à Cavalaire et je te guiderais jusqu’à notre point de rendez-vous”. J’en profite pour lui dire que je suis perdu dans la forêt et que j’aurai sans doute un peu de retard… Effectivement, j’entre dans Cavalaire une demi-heure plus tard, sous une pluie battante. Je me fais alors guider par téléphone et j’arrive enfin au nouveau point de rendez-vous, un restaurant face au port où il m’attend en compagnie du patron. Je comprendrai un peu plus tard que le sieur Lagaf’ est méfiant et que son domicile est une véritable forteresse qui protège son intimité.

Après un café bien mérité, nous entamons notre interview, qui durera près d’une heure. Pendant celle-ci, il m’expliquera la difficulté de son rôle d’animateur populaire : ” Je suis un peu le copain de tout le monde et l’on m’aborde ainsi très facilement, même dans l’intimité d’un repas entre amis au restaurant. Les gens ne comprennent pas alors, que je ne prenne pas quelques secondes pour faire une photo avec leur gamin, alors que je suis en pleine discussion. L’été, j’en suis presque arrivé à ne plus sortir le jour”.
Devant l’émotion dégagée par le personnage, je ressens cette détresse, celle de l’homme partagé entre le désir de plaire et celle de garder un peu de son intimité. J’ai en tout cas, fait connaissance avec un personnage sensible, passionné, avec lequel j’ai pu partager un moment rare de son intimité, et ce fut avec grand plaisir.

Vincent, ton surnom Lagaf’ viendrait de l’époque où tu étais animateur au Club Med. Tu y faisais pas mal de gaffes. Te souviens-tu desquelles ?
Avant, on m’appelait Totoche ! J’étais graisseur dans les machines, avant de devenir oxydo-coupeur, un métier où on est toujours crado. L’histoire de mon surnom est arrivée en Bulgarie, à ma première saison au Club Med, sur une plage au bord de la Mer Noire. C’était la première semaine d’ouverture du village. Une femme m’a demandé de tenir son nourrisson, pendant qu’elle montait sur le dériveur de son mari. Je l’ai lâché et il est tombé dans l’eau. Là-bas, la mer est vraiment noire et on ne le voyait plus ! Je l’ai enfin retrouvé et pris au bras. La femme est revenue et ne s’est aperçu de rien, à part qu’il était mouillé !

C’est l’émission “La Classe” qui t’a fait connaître du grand public. Quels souvenirs en gardes-tu ? As-tu gardé des liens avec d’autres participants ?
Nous étions deux copains dans l’équipe, Bigard et moi, un vrai duo. Notre pain noir, nous l’avons bouffé ensemble. On n’avait pas une tune, lui encore moins que moi. Avec un 102 récupéré, nous allions ensemble enregistrer les émissions et nous allions écrire nos sketches au Quick de la Place de la République. Lui et moi étions des frères de galère. Je me souviens que certains, qui avaient une petite notoriété, nous mettaient des bâtons dans les roues. Ils ont été jusqu’à renverser une bouteille d’encre sur mon costume. ça ne leur a pas porté chance car ils n’ont pas fait une grosse carrière.

Tu as enchaîné les émissions à succès, comme animateur-humoriste, avec “Le Bigdil”, “Crésus”, “Le Juste Prix”, “Pouch’le Bouton”. Te considères-tu plus comme animateur, humoriste, ou simplement amuseur public ?
Ni l’un ni l’autre. Dès que je suis en public, ça sort comme ça. Je ne suis pas un boute-en-train et je vis loin des paillettes, des strass et de la frime. Depuis que je fais ce métier, les gens rigolent à mon contact. Ça n’a donc pas été dur d’en faire mon métier. En fait, Je suis plutôt un clown moderne.

Tu t’es aussi essayé en tant que comédien. Est-ce le futur de Lagaf’ ou souhaites-tu continuer à tout mener de front ?
J’ai aussi fait du one-man-show et des concerts pour me faire plaisir. Le théâtre, c’était du vaudeville et ça me plaît bien. Au cinéma, je me suis bien amusé, mais mon premier film a été une cata. Je ne me sens pas de mener tout de front à cette cadence, jusqu’à 80 ans. Mon futur, c’est de continuer à amuser le public et je pense être un des rares animateurs populaires. “Populaire” n’est pas synonyme de “ringard” ni de “vulgaire”. Cet adjectif n’est souvent pas utilisé à bon escient. J’en profite pour dire que ce que fait Bigard est unique. Il a quand même rempli le stade de France !

Quels sont tes projets professionnels à venir ?
J’attaque ma quinzième année de télé et ma trente-troisième année de carrière. J’en suis à environ quatre mille cinq cents “access prime” à 19h00 et je suis sans doute le seul à avoir su faire ça. C’est vraiment du boulot. Je prépare un nouveau jeu que je suis en train de peaufiner, mais “Le Juste Prix” continue.

Ta passion pour les sports mécaniques est connue. Le Jet Ski a été la première et maintenant tu aimes parcourir le désert en quad ou en SSV. Peux-tu m’en parler ?
Ma passion des sports mécaniques vient d’un Noël où mon père m’avait offert une Ferrari à pédales. C’était à Meudon, et je m’amusais à faire la descente de ma rue avec. Je devais avoir cinq ans. Ensuite, j’ai eu un cyclo Honda Amigo que j’ai bricolé pour aller plus vite, avec une couronne de bleus en prime ! C’était à Aix-en-Provence et je montais à la Sainte-Victoire comme ça. Avec “Bo le lavabo”, en 1990 j’ai pu me payer mon premier jet ski et ma maison ! J’étais encore à Paris et je venais à Cavalaire pour mes vacances.
En jet ski, j’ai participé à six saisons en Championnat du Monde j’avais 40 ans et je courrais contre des petits jeunes qui faisaient ça toute l’année. Je suis quand même arrivé à être dans les quinze meilleurs mondiaux. J’ai ensuite créé la Jet Cup de Cavalaire. Ça a débuté avec quatre-vingt pilotes et nous sommes allés jusqu’à trois cents. Mais les assurances des maisons de production m’ont demandé d’arrêter, alors j’ai tout stoppé. De toute façon, il était temps, j’aurais arrêté par moi-même. Ensuite, grâce au jet, j’ai connu le premier quad bombardier et je l’ai acheté. Je l’ai ensuite changé et j’ai participé à la deuxième “Transfennec” en Tunisie.
J’ai connu l’organisateur, Thierry Jacob. Il était plutôt surpris qu’une vedette de la télé dorme sous la tente. Depuis quinze ans, je me suis piqué au jeu et je fais tout ce que l’on me propose dans le même genre. D’une manière générale,  j’aime tout ce qui est gros et puissant. Ça m’attire, mais je me freine !

Justement, tu étais au Raid Quad Passion Magazine. Tu y as participé en tant qu’animateur et pour le plaisir. Ce sont de bons souvenirs ?
Ce ne sont que des bons souvenirs. Faire partie d’un événement, en avoir été à la genèse, c’est toujours agréable. Et puis, les deux lascars qui l’organisent, (ndlr Didier Baudoin et Eric Carlini), ce sont des potes.

Parle-moi un peu de toi. Est-ce difficile d’être un personnage public ? Comment gères-tu tes passions, ta famille, ton boulot ?
Ce n’est pas évident, car je ne cours pas après la notoriété. Je vais dans les endroits populaires et les gens m’assimilent à un pote depuis toujours. C’est difficile de faire la bise à tout le monde et à la fin du mois d’août, ça me pèse un peu.
J’ai parfois un peu de mal à affronter la foule et je suis comme tout le monde, j’ai mes mauvais moments et mes moments tristes.

Tu fais partie de ces “people” dont on ne sait rien sur la vie privée, hormis tes passions mécaniques. Comment cela se fait-il ? Est-ce volontaire, ou alors,  es-tu trop occupé pour avoir une vie privée ?
Je suis très cloisonné. Ma vie privée, c’est ma vie privée et je suis plutôt discret. La seule chose que j’ai médiatisée dans le passé, c’est lorsque j’ai pris mon fils dans les bras pour la couverture de Télé 7 jours, mais je ne le referais plus.

Si tu avais un souhait à faire pour la prochaine décennie, qu’est-ce que ça serait ?
Qu’on arrête de nous prendre pour des cons, de façon à ce que Gérard Depardieu revienne ! Je souhaite bien vieillir, sans souffrir de la maladie, et mourir avant les copains.

Propos recueillis par Pascal Hermer
Photos Pascal Hermer, Nils Dupuis, David Merle et Monique Brachet